2000-2009
    La vertu de la gentillesse
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    La vertu de la gentillesse

    La gentillesse est l’essence de la vie céleste. La gentillesse est la manière dont les gens qui ressemblent au Christ traitent les autres.

    Il y a de nombreuses années, j’ai été appelé évêque et j’ai eu le désir que l’épiscopat rende visite aux non-pratiquants de l’Église pour voir ce que nous pouvions faire afin d’apporter les bénédictions de l’Évangile dans leur vie.

    Un jour, nous avons parlé à un homme d’une cinquantaine d’années. C’était un mécanicien expérimenté et reconnu. Il m’a expliqué que la dernière fois qu’il était allé à l’église, il était tout jeune. Il s’est passé quelque chose ce jour-là. Il avait été turbulent en classe et plus bruyant qu’il ne l’aurait dû. Son instructrice s’était mise en colère et l’avait tiré hors de la classe en lui di-sant de ne plus revenir.

    Il n’est jamais revenu.

    Que des paroles méchantes prononcées plus de quarante ans auparavant aient eu un effet si profond m’a interloqué. Mais elles l’avaient fait. Et en conséquence, cet homme n’était jamais revenu à l’église. Sa femme et ses enfants non plus.

    Je lui ai présenté mes excuses et lui ai exprimé mon chagrin de savoir qu’il avait été traité ainsi. Je lui ai dit que c’était bien triste que des paroles lancées à la hâte et voilà si longtemps aient privé sa famille des bénédictions de la pratique dans l’Église.

    Je lui ai dit : « Après quarante ans, il est temps que l’Église répare ses torts. »

    J’ai fait de mon mieux pour cela. Je l’ai assuré qu’il était le bienvenu et que l’on avait besoin de lui. J’ai eu le plaisir de voir cet homme et sa famille revenir à l’Église et devenir des membres forts et fidèles. En particulier, ce brave frère est devenu un excellent instructeur au foyer, car il comprenait comment une petite parole dépourvue de gentillesse pouvait avoir des conséquences pour la vie et peut-être même au-delà.

    La gentillesse est l’essence de la grandeur et le trait de caractère principal des hommes et des femmes les plus nobles que j’ai connus. La gentillesse est la clé qui ouvre les portes et noue les amitiés. Elle adoucit les cœurs et forge des relations qui dureront toute la vie.

    Non seulement les paroles gentilles élèvent notre esprit au moment où elles sont prononcées, mais encore elles peuvent demeurer en nous par delà les années. J’étais à l’université quand un homme de sept ans mon aîné m’a félicité pour mon match de football. Non seulement il m’a félicité pour ma performance, mais aussi parce qu’il avait remarqué mon fair-play. Bien que cette conversation ait eu lieu voici plus de soixante ans, et même s’il est fort vraisemblable que celui qui m’a félicité ne s’en souvient plus, je me souviens encore des paroles aimables que m’a adressées ce jour-là Gordon B. Hinckley, qui allait devenir plus tard président de l’Église.

    La prévenance et la gentillesse sont des vertus inséparablement liées au président Hinckley. Lorsque mon père est décédé, en 1963, le président Hinckley a été la première personne à venir chez nous. Je n’oublierai jamais sa gentillesse. Il a donné une bénédiction à ma mère et, entre autres choses, il lui a promis qu’elle avait encore bien des choses à accomplir et que sa vie serait douce. Ces paroles nous ont encouragés et réconfortés, ma mère et moi, et je n’oublierai jamais la gentillesse de frère Hinckley.

    La gentillesse est l’essence de la vie céleste. La gentillesse est la manière dont les gens qui ressemblent au Christ traitent les autres. Cette gentillesse devrait empreindre toutes nos paroles et tous nos actes à l’église et particulièrement au foyer.

    Jésus, notre Sauveur, a été l’exemple même de la bonté et de la compassion. Il a guéri les malades. Il a passé la plus grande partie de son temps à servir l’individu comme les foules. Il s’est adressé avec compassion à la Samaritaine que beaucoup méprisaient. Il a dit à ses disciples de laisser venir à lui les petits enfants. Il a été bon envers tous ceux qui ont péché, condamnant le péché, non le pécheur. Il a gentiment permis à des milliers de Néphites de s’avancer et de toucher les marques des clous dans ses mains et dans ses pieds. Mais son plus grand acte de bonté a été son sacrifice expiatoire, qui nous a tous libérés des effets de la mort et du péché à condition que nous nous repentions.

    Joseph Smith, le prophète, a fait montre de gentillesse envers tous au cours de sa vie, jeunes et vieux. Un enfant qui a bénéficié de la gentillesse du prophète a raconté :

    « Mon frère aîné et moi étions en chemin vers l’école, près d’un bâtiment appelé le magasin en brique de Joseph ; Il avait plu les jours précédents et le sol était devenu très boueux, surtout dans cette rue. Mon frère Wallace et moi avions les pieds enfoncés dans la boue et ne pouvions en sortir, et bien sûr, comme tous les enfants, nous nous sommes mis à pleurer parce que nous pensions que nous allions rester là. Mais, levant les yeux, j’ai vu l’ami des enfants, le prophète Joseph, s’avancer vers nous. Il a eu tôt fait de nous mettre sur un sol plus haut et plus sec. Puis il s’est accroupi et a nettoyé nos petites chaussures alourdies de boue ; il a pris son mouchoir et a essuyé nos visages baignés de larmes. Il nous a adressé des paroles gentilles et encourageantes et nous avons repris joyeusement le chemin de l’école1. »

    Rien ne peut remplacer la gentillesse au foyer. J’ai appris cela de mon père. Il écoutait toujours les conseils de ma mère. Ce qui a eu pour résultat de le rendre plus gentil et plus sage.

    J’essaie de suivre l’exemple de mon père et d’écouter l’opinion de ma femme. Son avis compte pour moi. Par exemple, quand elle commence une phrase par ces mots : « Je pense que tu devrais… », je fais immédiatement attention et je commence à chercher dans ma tête ce que j’ai pu faire de travers. Souvent, parfois avant que ma femme ait terminé sa phrase, j’ai déjà préparé dans ma tête une magnifique excuse.

    En vérité, ma femme est un modèle de gentillesse, de douceur et de compassion. Ses idées, ses conseils et son soutien ont une valeur inestimable pour moi. Grâce à elle, moi aussi, je suis un homme plus gentil et plus sage.

    Ce que vous dites, le ton de votre voix, la colère ou le calme de vos paroles sont remarqués par vos enfante et par d’autres. Ils voient et apprennent de nous les choses gentilles comme celles qui ne le sont pas que nous disons ou faisons. Rien ne révèle plus notre véritable personnalité que la manière dont nous traitons les autres au foyer.

    Je me demande souvent pourquoi certains pensent qu’ils doivent critiquer les autres. Je suppose que cela devient une habitude et que cela leur devient si naturel qu’ils n’y font même pas attention. Ils critiquent tout et tout le monde, la manière dont sœur Unetelle dirige la musique, la manière dont frère Untel enseigne une leçon ou jardine.

    Même lorsque nous pensons que nous ne faisons aucun mal par nos remarques critiques, il y a souvent des conséquences. Cela me rappelle un garçon qui a remis une enveloppe de dîme à son évêque en lui disant que c’était pour lui. L’évêque, profitant de l’occasion pour enseigner, lui a expliqué qu’il devait inscrire sur l’enveloppe si c’était une dîme, une offrande de jeûne ou quelque chose d’autre. Mais le garçon a insisté, disant que l’argent était pour lui. Quand l’évêque lui en a demandé la raison, il a répondu : « Mon père dit que l’on n’a jamais vu un aussi pauvre type que vous. »

    L’Église n’est pas un lieu où des gens parfaits se rassemblent pour dire des choses parfaites, penser parfaitement et avoir des sentiments parfaits. L’Église est un lieu où des gens imparfaits se rencontrent pour s’encourager, se soutenir et se servir mutuellement dans leur voyage de retour vers notre Père céleste.

    Chacun de nous prendra une route différente au cours de sa vie. Chacun progresse à une vitesse différente. Les tentations qui affligent votre frère peuvent ne pas vous affecter du tout. Les points forts que vous possédez peuvent sembler inaccessibles à un autre.

    Ne méprisez jamais les gens qui sont moins parfaits que vous. Ne vous mettez pas en colère après quelqu’un qui coud moins bien que vous, qui ne lance pas la balle aussi bien que vous, qui ne dirige pas aussi bien que vous, qui ne sème ou n’aligne pas aussi bien ou ne brille pas autant que vous.

    Nous sommes tous enfants de notre Père céleste. Et nous sommes ici dans le même but : apprendre à l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toutes nos forces ainsi qu’aimer notre prochain comme nous-mêmes2.

    Une manière de mesurer notre valeur dans le royaume de Dieu, consiste à nous demander : « Est-ce que j’aide les autres à atteindre leur potentiel ? Est-ce que je soutiens les autres dans l’Église ou est-ce que je les critique ? »

    Si vous critiquez les autres, vous affaiblissez l’Église. Si vous édifiez les autres, vous édifiez le royaume de Dieu. Parce que notre Père céleste est gentil, nous devons aussi être gentils avec autrui.

    James E. Talmage, homme dont on se souvient pour ses enseignements doctrinaux, a témoigné d’une grande gentillesse envers une famille voisine qui lui était complètement inconnue. Avant d’être apôtre, et alors qu’il était jeune père de famille, il a été averti de l’état de grande souffrance qui régnait chez son voisin dont la famille nombreuse avait été frappée par une ma-ladie terrible : la diphtérie. Il ne s’est pas soucié de savoir si ces gens étaient membres de l’Église ; sa bonté et sa charité l’ont poussé à agir. La Société de Secours avait cherché dé-sespérément quelqu’un qui pourrait aider mais, par crainte de la contagion, personne ne s’était présenté.

    Quand il est arrivé, il a trouvé un jeune enfant déjà mort et deux autres mourants de la maladie. Il s’est immédiatement mis au travail, rangeant la maison, préparant le petit corps pour l’enterrement, lavant et soignant les autres enfants malades, passant sa journée entière à faire tout cela. Il est revenu le lendemain matin pour découvrir qu’un autre enfant était décédé au cours de la nuit. Un troisième enfant souffrait encore terriblement. Il a noté dans son journal : « Elle s’est accrochée à mon cou, m’envoyant dans sa toux des microbes au visage et sur mes vêtements… Mais je n’ai pas pu l’amener à me lâcher. Au cours de la demi-heure qui a précédé sa mort, j’ai marché de long en large avec la petite dans mes bras. Elle a souffert jusqu’à sa mort à 10 heures du matin. Les trois enfants étaient morts en l’espace de 24 heures. » Puis il a assisté la famille dans les préparatifs des enterrements ; il a pris la parole au cours des services religieux au cimetière3. Il a fait tout cela pour une famille qui lui était étrangère. Voilà un bel exemple de gentillesse chrétienne.

    Lorsque nous sommes remplis de gentillesse, nous ne jugeons pas. Le Sauveur a enseigné : « Ne jugez point et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; absolvez et vous serez absous4. » Il a aussi enseigné : « On vous jugera du jugement dont vous jugerez… Et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez5. »

    « Mais, me direz-vous, si les gens sont grossiers ? »

    Aimez-les

    « Et s’ils sont odieux ?»

    Aimez-les

    « Mais s’ils vous offensent ? Il faut bien faire quelque chose, non ? »

    Aimez-les

    « S’ils pèchent ? »

    La réponse est la même : Soyez bons. Aimez-les

    Pourquoi ? Jude, l’apôtre, a enseigné : « Ayez compassion de certains, faisant ainsi une différence6. »

    Qui peut dire l’impact lointain que nous pourrons avoir par notre simple gentillesse ?

    Mes frères et sœurs, l’Évangile de Jésus-Christ dépasse la vie mortelle. Notre œuvre ici-bas n’est que l’ombre des choses grandes et inimaginables qui sont à venir.

    Les cieux se sont ouverts à Joseph Smith, le prophète. Il a vu le Dieu vivant et son Fils, Jésus le Christ.

    Aujourd’hui, un prophète, Gordon B. Hinckley, parcourt la terre et donne des conseils pour notre époque.

    De même que notre Père céleste nous aime, de même, nous aussi, nous devrions aimer tous ses enfants.

    Puissions-nous être des modèles de bonté. Puissions-nous être à la hauteur des paroles du Sauveur : « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres7. »