2003
La gorge du Diable
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La gorge du Diable

Aidez-nous à repousser le monde. Nous devons tenir ferme contre le vent. Nous devons parfois être impopulaires et dire simplement : « Ce n’est pas bien. »

Chers frères de la prêtrise, je m’adresse ce soir à vous tous, mais surtout aux jeunes gens. J’ai l’intention de vous informer et de vous avertir des dangers à venir, mais je veux également vous dire que je vous aime et que j’ai une grande confiance en la génération montante.

Quand j’étais jeune, j’ai fait une mission au Brésil. Cela a été une magnifique expérience. Les chutes d’Iguaçu, qui se trouvent dans ce grand pays, sont l’une des merveilles du monde. À la saison des crues, nulle part au monde on ne trouve un débit d’eau aussi important que celui de cette cascade. Il se déverse des millions de litres d’eau par minute dans le gouffre. On appelle gorge du Diable la partie des chutes où l’eau tombe le plus dru.

D’énormes rochers se dressent juste devant l’endroit où les eaux se précipitent au fond de la gorge du Diable. Il y a des années, des hommes téméraires emmenaient en canot des passagers sur ces rochers pour qu’ils puissent regarder vers le fond de la gorge du Diable. En général, avant les chutes, l’eau est calme, le courant est lent et l’ambiance tranquille. Seul le grondement de l’eau en contrebas avertit du danger invisible qui guette à quelques mètres. Un courant soudain et inattendu pourrait emporter un canot dans la chute d’eau et dans la gorge du Diable. Les personnes suffisamment folles pour quitter les canots et s’aventurer sur ces rochers mouillés pourraient très facilement perdre l’équilibre et être emportées dans les tourbillons en contrebas.

Je constate que certains d’entre vous se croient capables de tenter le diable et de relever tous les défis. Mais certaines de ces escapades à la recherche de sensations fortes vous emmèneront inévitablement au fond de la gorge du Diable. La seule voie sûre consiste à rester bien à l’écart des dangers de la gorge du Diable. George Albert Smith, ancien président de l’Église, a fermement lancé la mise en garde suivante : « Si vous passez de quelques centimètres du côté du diable, vous êtes en son pouvoir et, s’il réussit à vous tenter, vous ne serez pas capables de réfléchir ni même de raisonner correctement, parce que vous aurez perdu l’esprit du Seigneur1. »

Certains d’entre vous, jeunes gens, prennent peut-être le risque de laisser les autres leur fixer leurs normes. Vous vous défendez en disant : « Qui a dit que nous ne devons pas ou que nous devons agir ainsi ? » Il y a tant de nuances de bien et de mal que chacun de vous doit décider où se situera la limite. Je vous recommande vigoureusement de ne pas faire quoi que ce soit dont vous ne soyez pas absolument sûr que c’est bien. Nous avons tous le libre arbitre, et le don du Saint-Esprit nous aidera à mieux distinguer le bien du mal et la vérité de l’erreur. Les prophètes de Dieu ont la responsabilité d’enseigner la parole de Dieu et non d’expliquer le moindre iota ni le moindre aspect du comportement humain. Si nous essayons consciencieusement d’éviter non seulement le mal mais même son apparence, nous agirons librement au lieu d’être poussés par d’autres2.

Une grande part de ce qui vient du diable est attrayant et tentant. Cela brille et plaît à ce qu’il y a de sensuel en nous. Ce qu’il dit paraît très raisonnable et facile à justifier. Il parle souvent d’une voix douce et mystérieuse. S’il le faisait d’une voix dure ou discordante, personne n’écouterait ni ne serait séduit. Voici certains des messages les plus attirants de Satan : « Tout le monde le fait ; cela ne fait de mal à personne ; c’est bien ; si tu penses qu’il n’y a rien de mal, alors vas-y ; c’est super de faire cela. » Satan est le plus grand contrefacteur, le maître du mensonge, le simulateur suprême et le plus grand falsificateur de toute l’histoire du monde. Il entre dans notre vie comme un voleur nocturne. Son déguisement est si parfait qu’il est difficile de le reconnaître et de reconnaître ses méthodes. C’est un loup déguisé en agneau.

Dans le monde, il y a toujours eu deux grandes forces opposées. Elles existaient déjà avant la création du monde. Ces forces opposées sont le bien et le mal. Comme dans le tir à la corde, chacun de nous est tiraillé entre ces deux grandes forces. Pour le dire simplement, ce qui est bon vient de Dieu et ce qui est mal vient du diable3. On ne peut avoir les deux et trouver le bonheur ; certains ont essayé, mais à la longue, ils ont tous échoué. Si certains d’entre vous, jeunes gens, pensent qu’ils peuvent avoir les deux, ils ne font que se tromper. Cela ne marche pas comme ça. Cela n’a jamais marché. Cela ne marchera jamais.

Chers jeunes amis, il y a une autre grande vérité que vous devez apprendre. C’est que tout se paie. La réussite, l’accomplissement et la joie ont chacun leur prix. Il n’y a pas de faveur. Si vous ne payez pas le prix de la réussite, vous paierez celui de l’échec. La préparation, le travail, l’étude et le service sont nécessaires pour accomplir quelque chose et trouver le bonheur. Le prix à payer pour la désobéissance et le manque de préparation est terrible. En tant que détenteurs de la prêtrise de cette Église, une partie du prix que nous devons payer consiste à vivre d’une manière différente de celle du monde. Nous sommes détenteurs et gardiens de ces forces qui maîtrisent et peuvent rejeter le pouvoir de Satan ici-bas. De tout mon cœur, je vous exhorte à nous aider à repousser le monde. Nous devons tenir ferme contre le vent. Nous devons parfois être impopulaires et dire simplement : « Ce n’est pas bien. »

Nous voulons tous trouver quelles sont notre véritable identité et notre place sur cette terre. Certains d’entre vous, jeunes gens, essaient de trouver leur identité en étant différents de leurs parents et de leur famille par les valeurs qu’ils défendent. Dieu a fait chacun de nous différent de tous les autres humains, comme le démontrent notre génotype et nos empreintes digitales. Vous n’avez pas besoin de vous efforcer d’avoir une personnalité différente, c’est déjà le cas.

Certains jeunes veulent se rebeller contre les restrictions. Certains d’entre vous trouvent pénible de devoir obéir à leurs parents ou suivre les conseils de leur évêque ou de leur président de collège. Richard C. Edgley, de l’Épiscopat président, a fait part de ce qui lui est arrivé quand il était jeune à la suite de son insouciance et de sa désobéissance.

« Lorsque j’étais jeune, notre garage et le garage des voisins se trouvaient à environ un mètre cinquante l’un de l’autre. Le garage des voisins était très vétuste et délabré et certaines de ses planches se cassaient. Je grimpais parfois sur notre garage et je sautais d’un garage à l’autre et je jouais sur le garage des voisins. Mon père m’avait dit : « Ne va pas sur les garages », mais j’y allais quand même. Un jour que je jouais sur le toit de notre garage, j’ai sauté sur le garage des voisins, mais je suis passé au travers du toit en m’égratignant profondément le dos et les jambes. Parce que j’avais été désobéissant, j’ai eu la bêtise de décider de ne dire à personne que je m’étais fait mal. Je suis allé chez moi laver de mon mieux mes écorchures et mes égratignures, mais je n’ai pas réussi à atteindre celles que j’avais dans le dos pour y mettre de l’antiseptique ni même pour bien les nettoyer. Pendant la guérison qui a duré plusieurs jours, j’ai subi mes souffrances, l’inquiétude de voir mes plaies s’infecter, et ma culpabilité4. »

Quelqu’un a dit : « C’est l’une des meilleures choses au monde que d’être un garçon ; cela ne demande aucune expérience, mais il faut un peu de pratique pour en devenir un bon5. »

Certains d’entre vous ont peut-être commis l’erreur de croire que l’on peut s’amuser en prenant un peu de drogue et d’alcool, en regardant un peu de pornographie et en commettant quelques actes sexuels illicites. Je vous mets en garde contre ce genre de tentations car elles peuvent évoluer vers des choses dangereuses comme les rochers glissants de la gorge du Diable et elles ne feront que vous amener sur le territoire du diable. Il est difficile de se tirer de ce genre de danger et cela vous laissera beaucoup plus que quelques égratignures et quelques écorchures.

L’époque à laquelle vous, jeunes gens, élaborez votre destin éternel, est une époque intéressante. À l’avenir, il y aura de plus en plus de découvertes scientifiques et d’inventions qui rendront la vie plus confortable et plus facile à beaucoup d’entre vous. Il ne fait aucun doute que la médecine continuera de trouver des nouveaux traitements et remèdes inconnus à l’heure actuelle. Par contre, les mauvaises influences du monde augmenteront vraisemblablement et davantage de personnes deviendront vulnérables aux artifices et aux tentations sataniques. Jeunes gens, vous devrez devenir plus forts spirituellement et moralement afin de résister aux tentations et aux pièges du monde. C’est peut-être pour cette raison que des esprits spéciaux ont été réservés pour cette époque.

Je crois également qu’à l’avenir, l’opposition de Satan sera à la fois plus subtile et plus évidente. Elle sera peut-être plus flagrante à certains égards mais elle sera masquée par plus de sophistication et de ruse. Nous devrons avoir une plus grande spiritualité pour discerner toutes les formes du mal et avoir plus de force pour y résister.

Aujourd’hui de nombreux pays sont confrontés aux dangers du terrorisme. La guerre expose les gens à des maux physiques mais aussi moraux. Ceux d’entre nous qui ont été militaires pendant la guerre connaissent dans leur vie la cassure que produisent le déracinement de leur foyer et de leur famille, la séparation de personnes saines et de l’influence de l’Église. Je mets en garde les personnes qui sont maintenant militaires ou qui peuvent le devenir, contre les pièges de ces cassures. Elles peuvent nous mettre dans la gueule du diable.

Beaucoup des activités auxquelles vous participerez sont des situations sociales dans lesquelles vous ne pouvez pas toujours choisir votre entourage. Mais vous pouvez choisir vos principes. À l’armée, vous appartenez à un ensemble dont la force réside en partie dans l’unité de ses membres. Vous avez besoin d’être loyaux envers les membres de votre unité parce que l’homme qui est à côté de vous vous sauvera peut-être la vie demain ! Mais cela ne signifie pas que vous deviez abaisser vos principes moraux. Dans tout groupe, il doit se trouver une personne ou plusieurs qui ont le courage de dire : « Ce que nous faisons n’est pas bien. » Il faut avoir le courage moral de le faire !

Récemment, l’Église a publié une nouvelle version des Principes de l’Évangile destinée aux militaires. Elle n’est actuellement disponible qu’en anglais, mais elle sera traduite en d’autres langues. Cet excellent document contient des instructions pour les activités de l’Église, le port du sous-vêtement de la prêtrise pendant le service militaire, les ordonnances et les bénédictions de la prêtrise, des sujets se rapportant à l’Évangile et une sélection de cantiques. Ceux d’entre nous qui étaient à l’armée pendant la Deuxième Guerre mondiale avaient un ouvrage semblable à leur disposition. Je l’ai trouvé d’une aide inestimable.

Un tamisage continuel a lieu. La parabole du bon grain et de l’ivraie nous est rappelée. Dans cette parabole, le Seigneur dit : « Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ », mais pendant qu’il dormait, son ennemi est venu, a semé de l’ivraie parmi le blé de sorte que lorsque la bonne semence a germé, les mauvaises herbes ont germé également. Les serviteurs du maître n’ont pas compris comment l’ivraie était entrée dans le champ et ils ont demandé s’ils devaient aller arracher l’ivraie. Le maître du champ leur a dit de ne pas le faire car pendant qu’ils arracheraient l’ivraie, ils arracheraient aussi le bon grain. Il leur a donc conseillé de laisser pousser le bon grain et l’ivraie ensemble jusqu’au moment de la moisson quand on lierait séparément en botte le blé de l’ivraie6.

Les disciples de Jésus ont demandé au Sauveur d’interpréter cette parabole et le Sauveur à répondu : « Celui qui sème la bonne semence, c’est le Fils de l’homme ;

« le champ, c’est le monde ; la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du malin ;

« l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable… les moissonneurs, ce sont les anges.

« Or, comme on arrache l’ivraie et qu’on la jette au feu, il en sera de même à la fin du monde7. »

Cette parabole confirme la déclaration d’Alma que je vais répéter : « Car je vous dis que tout ce qui est bien vient de Dieu, et tout ce qui est mal vient du diable8. »

Chers frères, l’époque dans laquelle nous vivons est difficile et c’est pour nous le moment de résister fermement et fidèlement en nous acquittant de nos responsabilités de famille et de prêtrise. Nous ne devons pas être semblables aux flots de la mer, agités par le vent et poussés de côté et d’autre9. Nous devons avancer dans un esprit de foi et ne rien craindre si ce n’est la proximité de la gorge du Diable. Nous serons affermis et protégés si nous suivons les conseils et les directives du président de l’Église, Gordon B. Hinckley, qui se tient à la barre. J’ai le témoignage spécial qu’il est prophète, voyant et révélateur. Il est le porte-parole de Dieu sur la terre de nos jours. Je prie que le Seigneur nous bénisse tous, au nom de Jésus-Christ. Amen.