2003
Le pardon transforme l’amertume en amour
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Le pardon transforme l’amertume en amour

Le pardon signifie que les problèmes du passé ne dictent plus notre destin et que nous pouvons nous concentrer sur l’avenir, l’amour de Dieu dans le cœur.

Les dons de l’Esprit que le Seigneur a accordés à frère Nelson ne sont-ils pas étonnants ? Ses talents sont une bénédiction non seulement pour l’Église, mais pour le monde entier.

Je vais parler aujourd’hui du pardon.

J’ai grandi dans un petit village où l’eau était vitale pour la collectivité. Je me rappelle que les gens observaient souvent le ciel, s’inquiétaient et priaient pour la pluie, ainsi que pour les droits d’irriguer et pour l’eau en général. Mes enfants me taquinent parfois, disant qu’ils n’ont jamais rencontré quelqu’un d’aussi préoccupé par la pluie. Je leur dis que cela doit être vrai parce que dans mon enfance la pluie était plus qu’une préoccupation. C’était une question de survie !

À cause de l’importance du problème et de la sécheresse de notre climat, il arrivait que des gens ne se conduisent pas très bien. Des voisins se disputaient parfois parce qu’un fermier faisait durer trop longtemps son tour d’irrigation. C’est ainsi que cela a commencé pour deux hommes qui habitaient près de notre pré dans la montagne ; je les appellerai Chet et Walt. Ces deux voisins en sont venus à se quereller à propos de l’eau du canal d’irrigation qu’ils avaient en commun. C’était bénin au début, mais les deux hommes ont laissé leur désaccord se transformer en ressentiment, puis en disputes et même en menaces.

Un matin de juillet, chacun des deux hommes a estimé qu’il n’avait pas son comptant d’eau. Ils se sont rendus au canal pour voir ce qui était arrivé, estimant chacun que l’autre lui avait volé son eau. Ils sont arrivés à la vanne principale en même temps. Ils ont échangé des propos coléreux ; une bagarre a éclaté. Walt était d’une taille imposante et d’une grande force. Chet était petit, nerveux et tenace. Dans la bagarre, ils ont utilisé leurs pelles comme armes. Walt, en frappant, a éborgné Chet.

Des mois et des années ont passé. Chet n’arrivait pas à pardonner ni à oublier. Sa colère d’avoir perdu un œil le faisait bouillir intérieurement et sa haine s’est intensifiée. Un jour, il est allé à sa grange, a pris le fusil de son râtelier, est monté à cheval et s’est rendu à la vanne principale du canal d’irrigation. Il a installé un barrage sur le canal et a détourné l’eau de la ferme de Walt, sachant que celui-ci ne tarderait pas à venir voir ce qui était arrivé. Puis il s’est glissé dans les broussailles et a attendu. Lorsque Walt a paru, Chet a tiré sur lui et l’a tué. Puis il est remonté à cheval, est retourné chez lui et a appelé le shérif pour lui annoncer qu’il venait d’abattre Walt.

On a demandé à mon père de faire partie du jury qui jugeait Chet pour meurtre. Mon père n’a pas eu le droit de faire partie du jury parce qu’il était ami de longue date des deux hommes et de leur famille. Chet a été jugé et condamné à la prison à vie pour meurtre.

De nombreuses années plus tard, la femme de Chet est venue trouver mon père et lui a demandé s’il voulait bien signer une pétition adressée au gouverneur pour demander une mesure de clémence en faveur de son mari dont la santé était maintenant brisée après ses longues années de séjour au pénitencier d’État. Mon père a signé la pétition. Un soir, quelques jours plus tard, deux des fils adultes de Walt se sont présentés à notre porte. Ils étaient en colère. Ils disaient que, comme mon père avait signé la pétition, beaucoup d’autres avaient fait de même. Ils ont demandé à mon père d’en faire retirer son nom. Il a refusé. Il sentait que Chet était un homme brisé et malade. Pendant ces nombreuses années, il avait souffert à cause du terrible crime commis par emportement. Il voulait que Chet ait des obsèques et un enterrement dignes auprès de sa famille.

Les fils de Walt ont répliqué avec colère : « S’il est libéré de prison, nous veillerons à ce que sa famille et lui aient des ennuis. »

Chet a enfin été libéré et autorisé à rentrer chez lui pour mourir auprès des siens. Heureusement, il n’y a plus eu de violence entre ces familles. Mon père s’est souvent lamenté de la tragédie de ces deux voisins et amis d’enfance, Chet et Walt, qui s’étaient laissés prendre au piège de leur colère et qui l’avaient laissée anéantir leur vie. Quelle tragédie qu’ils n’aient pas pu maîtriser cette colère d’un moment et que cela ait mené à la mort des deux hommes, simplement parce qu’ils n’avaient pas pu se pardonner quelques irrégularités de distribution d’eau !

Le Sauveur a dit : « Accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui1. » Il nous commande ainsi de résoudre nos différends sans tarder, de peur que la colère du moment entraîne à des actes de cruauté physique ou émotionnelle et que nous soyons prisonniers de notre colère.

Ce principe s’applique, plus que partout ailleurs, dans notre famille. Votre souci n’est peut-être pas l’eau, mais chacun de nous, dans la tension des conditions télestes où nous vivons, a des raisons, réelles ou imaginaires, d’être offensé. Comment allons-nous réagir ? Allons-nous nous vexer ? Allons-nous critiquer ? Allons-nous nous laisser dominer par la colère du moment ?

Brigham Young a un jour comparé le fait de s’offenser à une morsure de serpent venimeux. Il a dit : « Il y a deux réactions possibles quand on est mordu par un serpent à sonnette. On peut, par colère, par peur ou par esprit de vengeance, poursuivre l’animal et le tuer. Ou on peut se hâter d’extraire le venin de son organisme. Si on agit de cette deuxième manière, on a des chances de survivre, mais si on agit selon la première, on risque de ne pas vivre suffisamment longtemps pour arriver à ses fins2. »

Je prends maintenant le temps de dire ici que nous devons d’abord faire attention, dans notre famille, de ne pas infliger de morsure spirituelle ou émotionnelle ! Dans une grande part de la culture populaire actuelle, on dénigre le pardon et la bonté, tandis qu’on pousse à la moquerie, à la colère et à la critique acerbe. Si nous n’y veillons pas, nous risquons d’être victimes de ces habitudes dans notre foyer et notre famille, et de nous retrouver bientôt en train de critiquer notre conjoint, nos enfants ou notre famille élargie. Ne blessons pas les personnes que nous aimons le plus par des critiques égoïstes ! Dans notre famille, si nous ne maîtrisons pas les petites disputes et les critiques mesquines, elles peuvent empoisonner nos relations et aboutir à une brouille, et même à des sévices et au divorce. Il vaut mieux, comme nous l’avons appris pour le venin mortel, nous hâter de minimiser les disputes, d’éliminer les moqueries, d’abandonner les critiques et de chasser la rancune et la colère. Nous ne pouvons pas permettre à ces passions dangereuses de s’envenimer, même pas un seul jour.

Comparez l’histoire tragique de Walt et de Chet avec l’exemple de Joseph, en Égypte. Ses frères étaient jaloux de lui et le haïssaient. Ils complotèrent de le tuer, et finirent par le vendre comme esclave. Joseph fut emmené en Égypte et s’efforça pendant des années de sortir de l’esclavage. Pendant cette période difficile, il aurait pu condamner ses frères et jurer de se venger d’eux. Il aurait pu apaiser sa douleur en échafaudant des plans pour leur rendre la pareille un jour ou l’autre. Mais il ne le fit pas.

Par la suite, Joseph devint le dirigeant de toute l’Égypte, immédiatement après Pharaon. Au cours d’une famine dévastatrice, les frères de Joseph allèrent chercher de la nourriture en Égypte. Ne reconnaissant pas leur frère, ils s’inclinèrent devant lui en raison de sa position élevée. Il est certain qu’à cet instant Joseph avait la possibilité de se venger. Il aurait pu faire mettre ses frères en prison ou les faire mettre à mort. Il préféra confirmer son pardon. Il dit : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être mené en Égypte. Maintenant, ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m’avoir vendu pour être conduit ici… Dieu m’a envoyé devant vous pour vous faire subsister… et pour vous faire vivre par une grande délivrance. Ce n’est donc pas vous qui m’avez envoyé ici, mais c’est Dieu3. »

La volonté de Joseph de pardonner transforma l’amertume en amour.

Je tiens à expliquer qu’il ne faut pas confondre pardonner les péchés et tolérer le mal. En fait, dans la traduction de la Bible par Joseph Smith, le Seigneur a dit : « Jugez d’un jugement juste4. » Le Sauveur nous demande d’abandonner et de combattre le mal sous toutes ses formes. Bien que nous devions pardonner à un voisin qui nous blesse, nous devons cependant nous efforcer de manière constructive d’empêcher la blessure de se répéter. Une femme qui subit des sévices ne doit pas chercher vengeance, mais elle ne doit pas non plus penser qu’elle ne peut pas prendre de mesures pour empêcher d’autres sévices. Quand on est traité injustement dans le monde des affaires, on ne doit pas haïr la personne qui a été malhonnête mais on peut prendre les mesures appropriées pour remédier à ce tort. Le pardon ne requiert pas que nous acceptions ou tolérions le mal. Il ne requiert pas que nous passions sous silence le mal que nous voyons dans le monde autour de nous ou dans notre propre vie. Mais en luttant contre le péché, nous ne devons pas laisser la haine ou la colère contrôler nos pensées ou nos actions.

Le Sauveur a dit : « C’est pourquoi je vous dis que vous devez vous pardonner les uns aux autres ; car celui qui ne pardonne pas à son frère ses offenses est condamné devant le Seigneur, car c’est en lui que reste le plus grand péché5. »

Cela ne veut pas dire que le pardon soit facile. Lorsque nos êtres chers ou nous-mêmes avons subi des torts, la douleur peut être presque écrasante. Nous pouvons ressentir la souffrance ou l’injustice comme la chose la plus importante au monde et avoir l’impression de n’avoir pas d’autre choix que de chercher vengeance. Mais le Christ, qui est le Prince de la Paix, nous enseigne une meilleure voie. Il peut être très difficile de pardonner à quelqu’un le mal qu’il nous a fait, mais en le faisant, nous nous ouvrons la voie vers un avenir meilleur. Nous sommes libérés de la mauvaise action d’un autre. En pardonnant aux autres, nous sommes libres de choisir comment nous mènerons notre vie. Le pardon signifie que les problèmes du passé ne dictent plus notre destin et que nous pouvons nous concentrer sur l’avenir, l’amour de Dieu dans le cœur.

Puissent les semences de la rancune qui habitaient mes voisins ne jamais réussir à prendre racine dans nos foyers. Puissions-nous prier notre Père céleste de nous aider à surmonter la folie de l’orgueil, de la rancœur et de la mesquinerie. Puisse-t-il nous aider à pardonner et à aimer afin que nous soyons l’ami de notre Sauveur, de notre prochain et de nous-mêmes. « De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi6. » Au nom de Jésus-Christ. Amen.