Puissions-nous vivre ainsi
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Message de la Première Présidence

Puissions-nous vivre ainsi

President Thomas S. Monson

Il y a près de sept ans, par un clair matin de septembre, deux avions se sont encastrés soudainement et sans qu’on s’y attende, dans les tours jumelles du World Trade Center de New York, semant la mort et la destruction. À Washington D.C. et en Pennsylvanie, dans le sillage d’un complot terroriste, deux autres avions se sont écrasés. Ces tragédies ont coûté la vie à des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Tous leurs projets d’avenir se sont évaporés d’un seul coup pour être remplacés par les larmes et les cris de douleur des gens à l’âme meurtrie.

Nous avons reçu d’innombrables témoignages de personnes qui ont été affectées, directement ou indirectement, par les événements de ce jour. Rebecca Sindar se rendait en avion de Salt Lake City (Utah) à Dallas (Texas) le matin du mardi 11 septembre 2001. Son vol, comme tous les autres vols aux États-Unis au moment de la tragédie, a été interrompu : l’avion a reçu l’ordre d’atterrir à Amarillo (Texas). Sœur Sindar raconte : « Nous avons tous quitté l’avion et nous avons trouvé dans l’aéroport des téléviseurs devant lesquels nous nous sommes attroupés pour voir les images de ce qui était arrivé. Les gens faisaient la queue pour téléphoner à leurs proches et leur assurer que nous étions sains et saufs au sol. Je me souviendrai toujours de la douzaine de missionnaires de notre avion qui se rendaient dans leur champ de mission. Ils ont passé un coup de fil puis nous les avons vus se mettre en cercle dans un coin de l’aéroport, s’agenouiller et prier ensemble. Comme j’aurais aimé photographier ce moment et en faire part aux mères et aux pères de ces courageux jeunes hommes qui ont éprouvé immédiatement le besoin de prier. »

Les ténèbres de la mort se dissipent

La mort est le lot final de toute l’humanité. Elle vient chercher les personnes âgées qui marchent d’un pas hésitant. Elle fauche des êtres qui ont à peine fait la moitié du chemin de la vie et elle met souvent fin aux rires de petits enfants. Personne ne peut ni lui échapper ni la repousser.

La mort s’invite souvent comme une intruse. C’est un ennemi qui surgit soudain au beau milieu du festin de la vie pour en éteindre les lumières et la gaieté. La mort pose sa lourde main sur nos êtres chers et parfois nous laisse perplexes, à la recherche de réponses. Dans certaines situations, comme dans les grandes souffrances et la maladie, la mort apparaît sous les traits d’un ange de miséricorde. Mais la pensée qui domine est qu’elle est l’ennemi du bonheur humain.

Cependant, les ténèbres de la mort peuvent être chassées par la lumière de la vérité révélée.

Le Maître a dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort.

Et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais1. »

Cette assurance, je dirais même cette sainte confirmation, d’une vie au-delà du tombeau pourrait bien apporter la paix que le Sauveur a promise quand il a assuré à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point2. »

Des ténèbres et de l’horreur du Calvaire est sortie la voix de l’Agneau disant : « Père, je remets mon esprit entre tes mains3. » Et les ténèbres n’étaient plus ténèbres, car il avait rejoint son Père. De Dieu il était venu, à Dieu il était retourné. De même, les gens qui marchent avec Dieu dans leur pèlerinage terrestre savent par expérience bénie qu’il n’abandonne pas ceux de ses enfants qui croient en lui. Dans la nuit de la mort, sa présence sera « meilleure qu’[une] lumière et plus sûre qu’un chemin connu4. »

Sur le chemin de Damas, Saul a eu la vision du Christ ressuscité et exalté. Plus tard, sous le nom de Paul, défenseur de la vérité et missionnaire intrépide au service du Maître, il a rendu témoignage du Seigneur ressuscité et a déclaré aux saints de Corinthe :

« Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ;

« … il a été enseveli, et … il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ;

« … il est apparu à Céphas, puis aux douze ;

« Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois …

« Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.

« Après eux tous, il m’est aussi apparu à moi5. »

Dans notre dispensation, Joseph Smith, le prophète, a rendu hardiment ce même témoignage quand Sidney Rigdon et lui ont attesté :

« Et maintenant, après les nombreux témoignages qui ont été rendus de lui, voici le témoignage, le dernier de tous, que nous rendons de lui : qu’il vit !

« Car nous le vîmes, et ce, à la droite de Dieu; et nous entendîmes la voix rendre témoignage qu’il est le Fils unique du Père;

« Que par lui, à travers lui et en lui, les mondes sont et furent créés, et que les habitants en sont des fils et des filles engendrés pour Dieu6. »

C’est cela la connaissance qui fortifie. C’est cela la vérité qui console. C’est cela l’assurance qui conduit de l’ombre vers la lumière ceux qui sont courbés sous le poids du chagrin. Elle est offerte à tous.

Agir dès aujourd’hui

La vie est si fragile et la mort si certaine. Nous ne savons pas quand nous devrons quitter cette existence mortelle. Aussi je pose la question : « Que faisons-nous de notre journée d’aujourd’hui ? » Si nous ne vivons que pour ce qui arrivera demain, nous finirons par avoir des hiers où il ne se sera rien passé. Sommes-nous coupables d’avoir tenu ce genre de discours : « Cela fait un moment que je me dis que je dois changer des choses dans ma vie. J’ai l’intention de commencer demain » ? Avec un raisonnement pareil, demain n’arrivera jamais. Ce genre de lendemain ne se produit que si nous passons à l’action aujourd’hui. Comme l’enseigne le cantique bien connu :

Il y a du travail tout autour de nous,

Et beaucoup à réaliser.

Ne le négligez pas ; « demain » ne dites pas,

Avant d’avoir essayé7.

Posons-nous les questions suivantes : « Ai-je fait du bien sur terre aujourd’hui ? Ai-je aidé quelqu’un dans le besoin ? » Quelle belle formule du bonheur ! Quelle belle source de contentement, de paix intérieure, que d’avoir suscité la reconnaissance chez l’un de nos semblables !

Les occasions de donner de nous-mêmes sont en effet sans limites, mais elles sont également fugaces. Il y a des cœurs à réjouir, des paroles gentilles à dire. Il y a des dons à faire. Il y a des actions à accomplir. Il y a des âmes à sauver.

Si nous nous souvenons que lorsque nous sommes au service de nos semblables, nous sommes simplement au service de notre Dieu8 », nous ne serons pas dans la situation peu enviable du fantôme de Jacob Marley qui parle à Ebenezer Scrooge dans le roman immortel de Charles Dickens, Un chant de Noël. Marley évoque avec tristesse les occasions perdues. Il dit : « Ignorer qu’un esprit chrétien œuvrant avec bonté dans sa petite sphère, quelle qu’elle soit, trouvera sa vie trop courte au regard de son incalculable utilité. Ignorer que nos re-grets, aussi grands soient-ils, ne pourront en aucune façon compenser les occasions manquées dans notre vie ! Et cependant c’est ce que j’ai fait ! Oh oui, hélas, c’est ce que j’ai fait ! »

Marley ajoute : « Pourquoi ai-je traversé la foule de mes semblables toujours les yeux baissés, sans jamais les lever vers cette étoile bénie qui a conduit les mages vers une pauvre demeure ? N’y avait-il pas de pauvres demeures vers lesquelles sa lumière aurait pu me conduire, moi ? »

Heureusement, comme nous le savons, Ebenezer Scrooge a changé en bien. J’aime sa réplique : « Je ne suis plus l’homme que j’étais9. »

Pourquoi ce Conte de Noël de Dickens a-t-il tant de succès ? Pourquoi est-il éternellement d’actualité ? Personnellement, je pense qu’il est inspiré de Dieu. Il fait ressortir ce qu’il y a de meilleur en l’homme. Il suscite l’espoir. Il pousse au changement. Nous pouvons abandonner les voies qui nous conduisent vers le bas et, un chant au cœur, suivre une étoile et avancer vers la lumière. Nous pouvons hâter le pas, prendre courage et baigner dans la lumière de la vérité. Nous pouvons mieux entendre le rire des petits enfants. Nous pouvons sécher les larmes de ceux qui pleurent. Nous pouvons réconforter les mourants en leur parlant de la promesse de la vie éternelle. Si nous soutenons une main fatiguée et pendante, si nous apportons la paix à une âme dans la difficulté, si nous donnons comme l’a fait le Maître, nous pouvons, en montrant le chemin, devenir une étoile qui guidera un marin perdu.

Remplir le cœur de son prochain

Parce que la vie est fragile et la mort inévitable, nous devons tirer le meilleur parti de chaque jour qui passe.

Il existe de nombreuses manières de faire mauvais usage des occasions qui se présentent. Il y a quelque temps j’ai lu une gentille histoire écrite par Louise Dickinson Rich, qui illustre cette vérité de façon frappante :

« Ma grand-mère avait une ennemie du nom de madame Wilcox. Après leur mariage, grand-mère et madame Wilcox emménagèrent dans des maisons mitoyennes dans la rue principale de la petite localité dans laquelle elles allaient vivre toute leur vie. Je ne sais pas ce qui a déclenché la guerre entre elle, et d’ailleurs, je pense que lorsque je suis arrivée, environ trente ans plus tard, elles ne s’en souvenaient même plus elles-mêmes. Il ne s’agissait pas d’un échange verbal poli, mais d’une guerre totale…

« En ville, les répercussions du conflit n’épargnaient rien. La vieille église tricentenaire, qui avait connu la guerre d’Indépendance, la guerre de Sécession et la guerre contre l’Espagne, faillit s’effondrer quand grand-mère et madame Wilcox se livrèrent la Bataille des Œuvres charitables des Dames. Grand-mère remporta ce combat, mais ce fut une victoire qui n’en était pas une. Vexée de ne pouvoir être la présidente, madame Wilcox donna sa démission (des Œuvres). Quel plaisir y a-t-il à diriger si l’on ne peut pas faire rentrer les paroles dans la gorge à son ennemie ? Madame Wilcox remporta la Bataille de la Bibliothèque publique en s’arrangeant pour que sa nièce, Gertrude, soit nommée à la place de tante Phyllis. Le jour de la prise de fonction de Gertrude fut celui où grand-mère cessa de lire les livres de la bibliothèque. Du jour au lendemain, ils étaient devenus ‘des trucs malpropres et pleins de vermine’. La Bataille pour le lycée fut un match nul. Le directeur trouva un meilleur poste ailleurs et partit avant que madame Wilcox ne réussisse à le faire virer ou que grand-mère ne lui obtienne une titularisation à vie.

« Quand nous, les enfants, nous rendions visite à ma grand-mère, ce qui nous amusait beaucoup, c’était de faire des grimaces aux petits-enfants de madame Wilcox. Un jour mémorable, nous mîmes un serpent dans le tonneau d’eau de pluie de madame Wilcox. Ma grand-mère protesta pour la forme, mais nous sentions qu’elle nous approuvait tacitement.

« N’allez pas vous imaginer que les hostilités ne venaient que d’un seul camp. Madame Wilcox avait aussi des petits-enfants. Grand-mère y laissait aussi des plumes. Comme par hasard, la corde à linge trouvait toujours le moyen de se rompre les jours de vent et le linge de se retrouver par terre.

« Je ne sais pas comment grand-mère aurait pu supporter ses ennuis aussi longtemps s’il n’y avait pas eu la page consacrée aux ménagères dans son quotidien de Boston. Cette page ménagère était une merveilleuse institution. En plus des habituels conseils culinaires et astuces de nettoyage, il y avait un espace consacré au courrier que les lectrices échangeaient entre elles. L’idée était qu’en cas de problème, même s’il ne s’agissait que d’épancher sa bile, on pouvait écrire au journal sous un pseudonyme tel que Arbutus. C’était le nom de plume de grand-mère. Alors, d’autres femmes, ayant vécu la même situation, répondaient en racontant comment elles s’en étaient sorties puis signaient sous des noms comme Quelqu’un Qui Sait, Xanthippe ou je ne sais quoi encore. Très souvent, il arrivait qu’après avoir réglé le problème, les personnes continuaient de s’écrire pendant des années à travers la colonne du journal pour parler des enfants, des conserves et de leur nouveau salon. C’est ce qui arriva à grand-mère. Pendant un quart de siècle, elle entretint une correspondance avec une femme dont le pseudonyme était Mouette. Mouette était la grande amie de grand-mère.

« J’avais seize ans environ quand madame Wilcox mourut. Dans une petite localité, autant que vous ayez détesté votre voisine, la bienséance commande que vous accouriez auprès de la famille endeuillée et que vous proposiez votre aide. Grand-mère, qui avait soigneusement passé son tablier de coton fin, afin de bien montrer que son engagement à aider n’était pas que de vaines paroles, traversa la pelouse en direction de la maison des Wilcox où les filles de la famille lui firent nettoyer le petit salon, pourtant déjà impeccable, pour les funérailles. Et là, sur la table, à la place d’honneur, il y avait un énorme album de découpes et dans l’album, étaient soigneusement collées, en colonnes parallèles, les lettres que grand-mère avait envoyées pendant toutes ces années à Mouette et les lettres de Mouette à grand-mère. Sans que ni l’une ni l’autre ne le sache, la pire ennemie de grand-mère avait aussi été sa meilleure amie. Ce fut la seule fois de ma vie où je vis grand-mère pleurer. À l’époque, je ne comprenais pas exactement pourquoi. Maintenant, je sais. Elle pleurait à cause de toutes ces années gâchées qu’elle ne retrouverait jamais10. »

Puissions-nous prendre la résolution qu’à partir d’aujourd’hui nous remplirons notre cœur d’amour. Puissions-nous faire le deuxième mille pour inclure dans notre vie ceux qui connaissent la solitude, qui sont découragés ou qui souffrent d’une manière ou d’une autre. Puissions-nous « rendre joyeux un ami malheureux11 ». Puissions-nous vivre pour qu’au moment ou retentira l’appel final, nous n’ayons aucun regret grave, aucune œuvre inachevée, mais que nous puissions dire comme l’apôtre Paul : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi12. »