2009
La foi pour traverser la rivière à gué
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La foi pour traverser la rivière à gué

« Il étendit sa main d’en haut, il me saisit, il me retira des grandes eaux ; Il me délivra de mon adversaire puissant » (Psaumes 18:17–18).

Rafael Mateo et son fils, Whalincon (surnommé « Whally »), firent un arrêt dans la pénombre d’un après-midi orageux et contemplèrent les eaux tourbillonnantes de la rivière en crue. Rafael, premier conseiller dans la présidence de branche, et Whally, président du collège des anciens, rentraient chez eux après avoir passé un dimanche en réunions à l’église de San José de Ocoa, en République Dominicaine.

Ils étaient déjà trempés d’avoir avancé péniblement sous la pluie battante et traversé le Rio Occa en crue qui créait une barrière dangereuse entre l’église et leur maison. Pendant la saison sèche, les six kilomètres de marche qui descendaient de l’église sur un côté de la vallée puis remontaient vers leur maison sur les collines de l’autre côté, leur prenaient habituellement une heure. Mais quand la rivière déborde pendant la saison des pluies, Rafael et sa famille doivent faire un détour de trois heures, quinze kilomètres pour trouver un endroit où ils peuvent traverser la rivière à gué avec une relative sécurité.

Rafael avait fait le trajet d’innombrables fois auparavant. Il avait traversé la rivière chaque jour pendant douze ans pour aller travailler. Son appel, deux mois après son baptême, comme président de branche, appel qu’il allait avoir pendant six ans, n’avait fait qu’accroître le nombre des voyages. Après cela, il eut un appel de président du collège des anciens. Puis, il fut rappelé dans la présidence de branche.

Mais sa bonne connaissance de la rivière n’en diminuait pas le danger et la rapidité de l’eau des rivières en crue pouvait être aussi mortelle que le grand fleuve qu’elles alimentaient. Peu de temps auparavant, une rivière en crue avait emporté un voisin, le tuant dans sa course folle sur son lit resserré.

Père et fils hésitaient au bord de l’eau ; puis Rafael s’y engagea. La rivière n’était pas large mais, avec toute l’eau qu’elle charriait, elle était étonnamment profonde. L’eau froide et rapide agrippa d’abord ses genoux, puis sa taille et finit par tourbillonner autour de sa poitrine.

Rafael savait qu’il était en difficulté. Le lit de la rivière était glissant et inégal et la puissance du courant menaçait de lui faire perdre pied. À mi-chemin, il lui fallut toute ses forces pour rester debout et il se retrouva incapable d’avancer ou de reculer.

Au moment précis où il pensait être top faible pour lutter plus longtemps contre le courant, il sentit une poussée par derrière qui l’envoya vers la rive opposée. Ce ne fut qu’après avoir atteint l’autre côté qu’il se rendit compte que son sauveur n’avait pas été Whally, qui se trouvait toujours du côté opposé.

Il attribue son salut au pouvoir du même Sauveur qui l’a aidé à survivre au poids d’autres épreuves, tant physiques que spirituelles.

« J’ai dû me jeter plusieurs fois dans la rivière jusqu’à la poitrine au service du Seigneur, dit frère Mateo. Mais j’ai une grande dette envers lui. Il ne m’a pas seulement donné l’occasion de le servir, mais aussi l’endurance pour le faire. »

Comme le roi David, frère Mateo peut dire « [le Sauveur] me saisit, il me retira des grandes eaux ; Il me délivra de mon adversaire puissant » (Psaumes 18 : 17-18).

Ce témoignage lui a permis de traverser des épreuves plus subtiles mais tout aussi réelles que le passage de la rivière avec Whally, par cet après-midi d’orage.

Malgré le coût du voyage, frère Mateo, sa femme Altagracia et trois de leurs enfants ont été scellés au temple en 2001. Depuis ils font des sacrifices pour économiser assez d’argent pour aller au temple au moins deux fois par an.

Pour frère Mateo, les efforts et les sacrifices, tant physiques que spirituels, en valent la peine.

Il explique : « Ce n’est pas difficile quand on connaît le but. Nous luttons pour quelque chose de plus sublime que les choses du monde. »

Illustration Gregg Thorkelson ; photo David Newman