Souvenez-vous combien le Seigneur a été miséricordieux
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    Souvenez-vous combien le Seigneur a été miséricordieux

    Des écheveaux de souvenirs sont tissés dans la vie de chacun de nous, mes frères. Ils peuvent nous aider à nous rappeler combien le Seigneur a été miséricordieux.

    Je vais évoquer des souvenirs d’une manière informelle et avec gratitude. J’espère que cela se passera d’une façon détendue, presque sur le mode de la conversation en citant quelques souvenirs, quelques petites leçons de la vie rien de spectaculaire. Il y aura aussi quelques réparties que j’ai retenues parce qu’elles étaient brèves. Mes souvenirs traitent des efforts sur moi-même qu’un Seigneur miséricordieux m’a incité à faire (voir Moroni 10:3).

    Si vous pouvez vous « appliquer » ne serait-ce qu’un de ces souvenirs à vous-mêmes (voir 1 Néphi 19:23), vous pourriez en parler plus tard entre père et fils.

    1. Remontons de soixante ans. Le procès-verbal de la paroisse de Wandamere du pieu de Grant, à la date du 4 juin 1944, montre que la Sainte-Cène a été bénie par mes amis Ward Jackson et Arthur Hicks et moi pour une assemblée de cent quarante et une personnes. Après, cela a été le départ pour la guerre. En mai 1945, je bénissais de nouveau la Sainte-Cène, mais dans une niche-abri à Okinawa et pour une assemblée d’une seule personne, moi-même !

    La formation reçue dans ma jeunesse a guidé mes actions, naturellement et fermement, ce dont je ne mesurais alors que partiellement la portée, notamment le fait de m’abstenir de café dans une situation où l’eau était rare et fortement chlorée.

    Jeunes gens, je ne sais pas ce qui vous attend, mais je vous conseillerais d’attacher vos ceintures et de vous accrocher fermement à vos principes !

    2. Lorsque j’allais à la Primaire, nous chantions : « ‘Donne’, dit le ruisseau », un chant certes entraînant mais pas exactement emprunt de théologie. Comme vous le savez, les enfants d’aujourd’hui chantent quelque chose de plus spirituel : « Jésus-Christ est mon modèle » (Chants pour les enfants, p. 40).

    3. À l’époque, dans la famille, le quartier, la paroisse et l’école, nous étions tous pauvres ensemble mais nous ne le savions pas. Nous nous faisions de la place les uns aux autres pour progresser, pour commettre des erreurs stupides, pour nous repentir et pour acquérir au moins quelques réflexes spirituels. Aujourd’hui, certains parents semblent insister pour déterrer constamment les marguerites afin de voir si les racines se portent bien.

    4. Jeunes ou vieux, mes frères de la prêtrise, soyez reconnaissants pour les personnes qui vous aiment suffisamment pour vous mettre au pas et vous rappeler vos principes et vos possibilités, même quand vous ne voulez pas qu’on vous les rappelle.

    Un ami qui m’était cher et qui est maintenant décédé m’a dit, il y a quelques années, alors que j’avais dit quelque chose de sarcastique : « Tu aurais pu t’abstenir de dire une chose pareille. » Ce bref reproche, il me l’a fait avec amour, ce qui montre que faire un reproche peut être un geste d’affection.

    5. Lorsque les proches donnent l’exemple, c’est particulièrement mémorable. Ma sœur Loïs, aveugle de naissance, non seulement s’est accommodée de sa situation, mais a été une bonne institutrice pendant trente-trois ans. Elle avait le même réflexe que les pionniers, qui s’attelaient sans faire d’histoires à leur charrette à bras et prenaient la direction de l’Ouest, un réflexe dont nous avons tous besoin. Alors, si des épreuves diverses vous échoient, buvez les coupes amères de la vie sans devenir amers vous-mêmes.

    Peu après mon retour de la Deuxième Guerre mondiale, j’avais « des promesses à tenir » (Robert Frost, « Stopping by Woods on a Snowy Evening », dans The Poetry of Robert Frost, éd. Edward Connery, Lathem, 1969, p. 225). Ce qui voulait dire partir en mission « tout de suite ». J’en avais assez d’attendre l’évêque. Commençant tôt dans ma vie à prendre les choses en mains, je suis allé chez lui et je lui ai dit que j’avais épargné l’argent, que je voulais partir et qu’il fallait « qu’on se dépêche un peu ». Le bon évêque a hésité, puis il a dit qu’il avait depuis quelque temps l’intention de m’inviter à partir.

    Je devais apprendre, des années plus tard, de la bouche du greffier dévoué de cet évêque, que ce dernier s’était dit que j’avais besoin de passer un peu plus de temps avec ma famille après en avoir été tellement éloigné pendant un dixième de ma vie. Quand j’ai appris cela, je me suis reproché d’avoir été trop critique (voir Bruce C. Hafen, A Disciple’s Life, The Biography of Neal A. Maxwell, 2002, p. 129-130).

    Il n’est pas étonnant que le père de Henry B. Eyring ait dit avec sagesse que le Seigneur avait une Église parfaite jusqu’au moment où il nous a tous laissés y entrer !

    7. Maintenant deux souvenirs pertinents pour les jeunes pères : Lorsque j’en étais un, j’ai un jour reçu un coup de téléphone m’apprenant qu’un de mes amis était mort dans un accident. J’étais dans le salon et je me suis mis à pleurer. Cory, notre jeune fils, a vu, en passant dans le couloir, que je pleurais. J’ai appris qu’il avait cru à tort que c’était parce qu’il avait dû me décevoir. Il n’était pas au courant du coup de téléphone. Mes frères, nous sous-estimons à quel point et combien souvent nos enfants veulent nous faire plaisir.

    8. N’ayant virtuellement aucune compétence dans le domaine des chiffres, j’étais rarement, voire jamais, capable d’aider nos enfants dans les mathématiques et les matières scientifiques. Un jour, notre fille, Nancy, qui était alors au lycée, m’a demandé « un petit coup de main », concernant l’affaire « Fletcher contre Peck », qui avait été jugée par la Cour suprême. J’étais vraiment heureux de pouvoir l’aider après avoir été tant de fois incapable de le faire ! Enfin une occasion de montrer ce que je savais faire ! J’ai sorti tout ce que je savais sur « Fletcher contre Peck ». Finalement ma fille, agacée, m’a dit : « Papa, j’ai seulement besoin d’un petit coup de main ! » Je satisfaisais mes propres besoins au lieu de lui donner « un petit coup de main ».

    Puisque nous adorons un Seigneur qui nous enseigne précepte sur précepte, même quand nous apprenons l’Évangile à nos enfants, ne déversons pas la totalité de notre connaissance.

    9. Plus tard, j’ai vu quelques personnes qui ont quitté l’Église, et qui ensuite se justifiaient constamment. Elles se servaient souvent de leurs doutes intellectuels pour couvrir leurs écarts de conduite (voir Neal A. Maxwell, All These Things Shall Give Thee Experience, 1979, p. 110). Vous aurez l’occasion d’en rencontrer. À ce propos, n’espérez pas que les solutions que le monde propose aux problèmes du monde soient très efficaces. De telles solutions ressemblent souvent à ce qu’a écrit C. S. Lewis des gens qui courent dans tous les sens avec des extincteurs en période d’inondations (voir The Screwtape Letters, p. 117-118). Seul l’Évangile est constamment pertinent ; les succédanés ne marchent pas.

    10. Une fois que je voyageais avec frère Russell M. Nelson et sa femme, nous avons quitté notre hôtel à Bombay (Inde) pour prendre un avion à destination de Karachi (Pakistan), et de là à destination d’Islamabad. Quand nous sommes arrivés à l’aéroport où régnait l’agitation, notre vol avait été annulé. Avec impatience, j’ai dit au préposé du bureau de la compagnie aérienne : « Qu’est-ce que vous croyez que nous allons faire… Simplement renoncer et retourner à l’hôtel ? » Il a répondu avec une grande dignité : « Monsieur, vous n’allez pas retourner à l’hôtel. » Nous avons fait tout l’aéroport et nous avons trouvé un avion. Nous sommes arrivés à temps à notre rendez-vous à Islamabad et avons même eu une nuit de sommeil. Parfois la vie est comme cela : nous en sommes réduits à « aller de l’avant » et à faire face à des déceptions, refusant de « retourner à l’hôtel » ! Si nous baissons les bras, le défaitisme affectera toutes les époques de la vie. Le Seigneur sait « combien de chemin nous avons à faire avant de dormir » (« Stopping by Woods on a Snowy Evening ») !

    11. En 1956, à mon retour après plusieurs années à Washington D.C., et après avoir refusé là-bas plusieurs propositions attrayantes, j’ai eu une proposition de poste à l’université d’Utah. Ma femme m’a dit que je devais accepter. Elle m’a dit avec une certaine prescience : « Il me semble que si tu y vas, tu auras peut-être une influence sur les étudiants. » J’ai répondu impatiemment : « Tout ce que je ferai, ce sera taper des communiqués de presse. Je ne serai pas en contact avec les étudiants. » Parmi les occasions qui se sont présentées ensuite à moi, j’ai été évêque d’une paroisse estudiantine, doyen des étudiants et j’ai enseigné les sciences politiques à des centaines d’excellents étudiants. Ce n’était bien entendu pas le standing qui avait de l’importance, mais le fait d’être amené à me dépasser et de recevoir des occasions de servir.

    Nos épouses sont souvent inspirées mais elles vont parfois contre notre intuition… une réalité, jeunes gens, que vos pères auront peut-être le courage de vous expliquer.

    12. C’est intéressant aussi comme nous créons des attentes dans la vie de nos petits-enfants, sans même en être conscients. Il y a quelques années, lorsque Robbie, l’un de nos petits-fils, avait environ cinq ans, nous sommes passés voir sa famille, à Orem. Il dormait à l’étage et sa mère l’a appelé: « Robbie, papy Neal est là ! » Une petite voix fatiguée a répondu : « Il faut que j’apporte mes Écritures ? »

    Bien sûr, il était trop jeune pour les lire, mais il les a apportées, comme tant le font dans l’Église aujourd’hui, conformément à cette nouvelle bonne habitude !

    Mes frères, des écheveaux de souvenirs sont tissés dans la vie de chacun de nous et ils peuvent nous aider à nous rappeler combien le Seigneur a été miséricordieux (voir Moroni 10:3). C’est certain, il l’a été pour moi !

    Mes frères, quand vous soumettez votre volonté à Dieu, vous lui donnez la seule chose que vous pouvez vraiment lui donner, qu’il vous appartient réellement de donner. N’attendez pas trop longtemps pour trouver l’autel où commencer à y déposer le don de votre volonté ! Il n’est pas nécessaire d’attendre de reçu ; le Seigneur a sa manière bien à lui d’accuser réception.

    Je vous témoigne que Dieu connaît chacun de vous, frères depuis très très longtemps (voir D&A 93:23). Il y a bien, bien longtemps qu’il vous aime. Non seulement il connaît le nom de toutes les étoiles (voir Psaumes 147:4 ; Ésaïe 40:26), mais il connaît également votre nom, toutes vos douleurs et toutes vos joies ! À ce propos, vous n’avez jamais vu d’étoiles immortelles ; elles finissent par expirer.

    Mais, assis à côté de vous ce soir, il y a des êtres éternels, certes imparfaits mais qui s’efforcent de devenir comme Jésus ! En son nom, au nom de Jésus-Christ. Amen.