2010
Plus de place à l’ennemi de mon âme
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Plus de place à l’ennemi de mon âme

Puissions-nous connaître la joie qu’engendre la fidélité à ce qui est le plus élevé et le meilleur en nous, en gardant notre amour et notre mariage, notre société et notre âme aussi purs que Dieu veut qu’ils soient.

Elder Jeffrey R. Holland

Sœur Holland et moi venions de descendre de l’avion dans un aéroport lointain, lorsque trois belles jeunes femmes qui avaient pris le même vol que nous sont accourues pour nous saluer. Elles ont dit qu’elles étaient membres de l’Église, ce qui ne nous a pas trop surpris puisqu’il est rare que des personnes qui ne sont pas de notre religion accourent vers nous dans les aéroports. Lors d’une conversation que nous n’avions pas prévue, nous avons bientôt appris au milieu de leurs larmes que ces trois jeunes femmes venaient juste de divorcer, que leurs maris leur avaient été infidèles et que la séparation et la transgression avaient commencé par une attirance pour la pornographie.

Avec cette introduction brutale pour mon message d’aujourd’hui, message qu’il m’est pénible de délivrer, j’éprouve un peu la même impression que Jacob autrefois qui disait : « Cela me peine de devoir user de tant de hardiesse de langage … devant … [vous] … dont beaucoup ont des sentiments extrêmement tendres, et chastes, et délicats1 ». Mais il faut dire les choses comme elles sont. C’est peut-être parce que je suis père ou grand-père, mais les larmes dans les yeux de ces jeunes femmes m’en ont fait venir aux miens et à ceux de soeur Holland et les questions qu’elles m’ont posées m’ont amené à me demander pourquoi il y a tant de décadence morale autour de nous et pourquoi tant de personnes et tant de familles, dont certaines de l’Église, en deviennent les victimes, marquées par cette tragédie ?

Mais, bien entendu, je connaissais au moins une partie de la réponse à ma question. La plupart du temps nous sommes tous agressés par des messages immoraux de toute forme qui nous envahissent de tous côtés. Les côtés sombres de l’industrie du cinéma, de la télévision et de la musique s’enfoncent de plus en plus dans les propos grossiers et l’inconduite sexuelle. Tragiquement, le même ordinateur et le même Internet qui me permettent de faire mon histoire familiale et de préparer des noms pour l’œuvre du temple, peuvent, sans filtres et sans contrôle, permettre à mes enfants ou à mes petits-enfants d’accéder à un cloaque intégral de perceptions qui pourrait creuser pour toujours un cratère dans leur esprit.

Souvenez-vous que ces jeunes épouses ont dit que l’infidélité de leurs maris a commencé par une attirance pour la pornographie, mais l’immoralité n’est pas simplement un problème d’homme et les maris ne sont pas les seuls coupables. La compromission accessible d’un clic de souris, y compris ce qui peut arriver lors d’une rencontre virtuelle sur un forum de discussion, ne fait pas acception de personnes, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, mariés ou célibataires. Et pour s’assurer que cette tentation reste toujours plus accessible, l’adversaire est occupé à étendre sa couverture, comme on le dit dans cette industrie, aux téléphones portables, aux jeux vidéo et aux lecteurs MP3.

Si nous arrêtons de nous en prendre aux branches de ce problème et mettons plus directement la hache à la racine de l’arbre, il n’est pas surprenant d’y trouver la luxure tapie furtivement. La luxure est un mot très déplaisant et certainement un sujet qu’il m’est d’autant plus déplaisant de traiter, mais il y a une bonne raison pour laquelle, dans certaines traditions, elle est connue pour être le plus mortel des « sept péchés capitaux2 ».

Pourquoi la luxure est-elle un péché si « mortel » ? Eh bien, je pense qu’en plus de l’effet complètement destructeur de l’Esprit qu’elle a sur notre âme, c’est un péché parce qu’elle souille la relation la plus élevée et la plus sainte que Dieu nous donne ici-bas : l’amour qu’un homme et une femme ont l’un pour l’autre et le désir de ce couple d’introduire des enfants dans une famille destinée à être éternelle. Quelqu’un a dit que le véritable amour doit comprendre l’idée de permanence. L’amour véritable dure. Mais la luxure change aussi vite qu’elle peut tourner une page pornographique ou jeter un coup d’œil rapide à un autre objet potentiel de satisfaction qui passe, homme ou femme. L’amour véritable nous fait vraiment tourner la tête, c’est ce que je ressens pour sœur Holland ; nous le crions sur les toits. Mais la luxure se caractérise par la honte, elle agit en cachette et elle est presque pathologiquement clandestine : plus l’heure est tardive et sombre, mieux c’est, avec une porte verrouillée à double tour, juste au cas où. L’amour nous pousse instinctivement à nous tourner vers Dieu et vers les autres. Par contre, la luxure est tout sauf divine et prône l’abandon aux passions. L’amour va de pair avec des mains tendues et un cœur ouvert ; la luxure ne fait que creuser l’appétit.

Ce ne sont là que quelques-unes des raisons pour lesquelles prostituer le vrai sens de l’amour, que ce soit en l’imaginant ou en étant avec une autre personne, est si destructeur. Cela détruit ce qui ne le cède en importance qu’à notre foi en Dieu, c’est-à-dire notre foi dans les personnes que nous aimons. Cela ébranle les piliers de confiance sur lesquels l’amour actuel, ou futur, est construit, et il faut beaucoup de temps pour rebâtir cette confiance une fois qu’elle a été perdue. Poussez cette idée suffisamment loin, que ce soit aussi personnel qu’un membre de la famille ou aussi public que des élus politiques, des hommes d’affaires, des vedettes des médias et des idoles du sport, et nous ne tarderons pas à pouvoir mettre sur l’édifice construit au départ pour abriter des sociétés moralement responsables, un panneau disant : « Ce bâtiment est vide3 ».

Que nous soyons mariés ou célibataires, jeunes ou vieux, parlons un instant de la manière de nous prémunir contre la tentation quelle que soit sa forme. Nous ne pouvons peut-être pas guérir tous les maux de la société aujourd’hui, mais parlons de mesures personnelles que nous pouvons prendre.

  • Avant toute chose, commencez par vous séparer des gens, des documents et des situations qui vous nuiront. Comme les personnes qui luttent contre une dépendance telle que l’alcoolisme le savent, l’attraction de la proximité peut être fatale. Il en est de même des questions morales. Comme Joseph en présence de la femme de Potiphar4, courez, courez le plus loin possible de la tentation. Et, lorsque vous fuyez la tentation ne donnez pas votre nouvelle adresse.

  • Reconnaissez que les personnes liées par les chaînes de vraies dépendances ont souvent besoin d’aide extérieure en plus de leurs efforts personnels, et ce peut être votre cas. Recherchez cette aide et acceptez-la Parlez à votre évêque. Suivez ses conseils. Demandez une bénédiction de la prêtrise. Utilisez ce qu’offrent les services familiaux de l’Église ou consultez un autre thérapeute qualifié. Priez sans cesse. Demandez que des anges des deux côtés du voile vous aident.

  • Outre les filtres sur les ordinateurs et un verrou sur les affections, souvenez-vous que la seule maîtrise véritable dans la vie est la maîtrise de soi. Ayez une plus grande maîtrise même sur les situations marginales que vous êtes amenés à rencontrer. Si une émission de télévision est indécente, éteignez le récepteur. Si un film est vulgaire, sortez. Si une relation inconvenante s’installe, mettez-y fin. Beaucoup de ces influences ne sont peut-être pas techniquement mauvaises, du moins à l’origine, mais elles peuvent émousser notre jugement, endormir notre spiritualité et mener à quelque chose qui pourrait s’avérer mauvais. Un vieux proverbe dit qu’un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas5, alors faites attention où vous mettez les pieds.

  • Comme des voleurs dans la nuit, des pensées inconvenantes peuvent chercher à s’introduire dans notre esprit. Mais nous ne devons pas leur ouvrir les portes en grand, leur servir le thé et les petits gâteaux et leur dire où se trouve l’argenterie ! (De toute façon vous n’êtes pas censés servir du thé.) Jetez les vauriens dehors ! Remplacez les pensées obscènes par des images d’espoir et des souvenirs joyeux, pensez aux personnes que vous aimez et qui seraient bouleversées si vous les abandonniez. Plus d’un homme a été sauvé du péché ou de la stupidité en pensant à sa mère, à sa femme ou à son enfant qui l’attend à la maison. Quelles que soient les pensées, assurez-vous de ne les accueillir que si elle sont invitées. Comme un poète l’a dit autrefois : « La raison est ma volonté6 ».

  • Cultivez l’Esprit du Seigneur et soyez-là où il se trouve. Assurez-vous que cela comprend également votre maison ou votre appartement, et qu’il dicte le genre d’art graphique, de musique et de littérature que vous possédez. Si vous êtes dotés, rendez-vous au temple aussi souvent que votre situation le permet. Souvenez-vous que le temple vous arme « du pouvoir de [Dieu], … vous entoure de la gloire [de Dieu], et [que] ce dernier [commande] à ses anges de [vous] garder7 ».Et, quand vous quitterez le temple, souvenez-vous des symboles que vous emportez, pour ne jamais les mettre de côté ou les oublier.

La plupart des gens qui ont des problèmes finissent par s’écrier « À quoi est-ce que je pensais ? » Eh bien, peu importe à quoi ils pensaient, ils ne pensaient pas au Christ. Pourtant nous, membres de son Église, nous faisons serment tous les dimanches de notre vie de prendre sur nous son nom et promettons de « toujours nous souvenir de lui8 ». Alors, faisons un peu plus d’efforts pour nous souvenir de lui, qui « a porté nos souffrances et qui s’est chargé de nos douleurs … [qui a] été brisé pour nos iniquités; … et [qui] nous a guéris par ses meurtrissures9 ». Il est certain qu’il guidera nos actions de manière spectaculaire si nous nous souvenons que chaque fois que nous transgressons nous ne faisons pas du mal seulement aux personnes que nous aimons mais également à lui qui nous aime tant. Mais, si nous péchons, aussi grave que puisse être le péché, nous pouvons être délivrés par ce même être majestueux, qui porte le seul nom qui ait été donné sous le ciel par lequel un homme ou une femme, quels qu’ils soient, peuvent être sauvés10. Lorsque face à nos transgressions notre âme est déchirée d’une vive douleur, puissions-nous nous écrier et prononcer comme l’a fait Alma, lors de son repentir, la phrase qui a changé sa vie : « Ô Jésus, Fils de Dieu, soit miséricordieux envers moi11 ».

Mes frères et sœurs, je vous aime. Le président Monson et les Frères vous aiment. Chose bien plus importante encore, votre Père céleste vous aime. Aujourd’hui, j’ai essayé de vous parler de l’amour, de l’amour vrai et sincère, du respect que l’on doit avoir pour lui, de sa vraie description dans toutes les sociétés que l’humanité a connues, de sa sainteté entre mari et femme et des familles qu’il engendre par la suite. J’ai essayé de parler de la manifestion rédemptrice de l’amour, la charité personnifiée, que nous recevons par la grâce du Christ lui-même. J’ai également dû parler du diable, le père des mensonges et de la luxure, qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour fausser, profaner et souiller le véritable amour dès qu’il le rencontrera. Et j’ai parlé de son désir de nous détruire par la même occasion s’il le peut.

À notre époque, lorsque nous sommes confrontés à de telles tentations, nous devons déclarer comme le jeune Néphi l’a fait à son époque : « [Je] n’accorde[rai] plus de place à l’ennemi de mon âme12. » Nous pouvons rejeter le Malin. Si nous le voulons de tout notre cœur et de toute notre âme, alors l’ennemi pourra être et sera réprimandé par le pouvoir rédempteur du Seigneur Jésus-Christ. En outre, je vous promets que la lumière de son Évangile éternel pourra briller et brillera de nouveau avec éclat là où nous avons craint que la vie ne soit devenue désespérément et inexorablement sombre. Puissions-nous connaître la joie qu’engendre la fidélité à ce qui est le plus élevé et le meilleur en nous, en gardant notre amour et notre mariage, notre société et notre âme aussi purs que Dieu veut qu’ils soient. C’est là ma prière, au nom de Jésus-Christ. Amen.