Paix et violence parmi les saints des derniers jours au XIXe siècle

Paix et violence parmi les saints des derniers jours au XIXe siècle

L’Église de Jésus-Christ des saints des Derniers Jours est fondée sur les enseignements de Jésus-Christ. Les vertus de la paix, de l’amour et du pardon sont au centre de la doctrine et de la pratique de l’Église. Les saints des derniers jours croient en la déclaration du Sauveur, qui se trouve dans le Nouveau Testament et le Livre de Mormon, et qui dit : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu1 ! » Dans les Écritures des saints des derniers jours, le Seigneur a commandé à ses disciples de « renoncer à la guerre et de proclamer la paix2 ». Les saints des derniers jours s’efforcent de suivre les conseils de Benjamin, prophète-roi dans le Livre de Mormon, qui a enseigné que ceux qui sont convertis à l’Évangile de Jésus-Christ « ne seront pas enclins à se nuire les uns aux autres, mais à vivre en paix3 ».

En dépit de ces idéaux, les premiers saints des derniers jours n’ont pas obtenu la paix facilement. Ils ont été persécutés, souvent violemment, à cause de leurs croyances. Et, tragiquement, à certains moments du dix-neuvième siècle, plus particulièrement lors du massacre de Mountain Meadows, certains membres de l’Église ont fait preuve d’une violence déplorable à l’égard de gens qu’ils considéraient comme leurs ennemis. Cet essai explore aussi bien la violence qu’ont subie les saints des derniers jours que celle commise. Bien que le contexte historique puisse expliquer ces actes de violence, il ne les excuse pas.

Les persécutions religieuses dans les années 1830 et 1840

Pendant les deux premières décennies qui ont suivi l’organisation de l’Église, les saints des derniers jours étaient souvent victimes de violence. Peu de temps après l’organisation de l’Église par Joseph Smith à New York en 1830, lui et d’autres membres de l’Église ont commencé à s’installer dans les régions à l’ouest de New York, en Ohio, au Missouri et en Illinois. Les saints ont essayé à maintes reprises de construire leur communauté de Sion où ils pourraient adorer Dieu et vivre en paix, et à plusieurs reprises, ils ont vu leurs espoirs détruits par des expulsions forcées et violentes. En 1833, des émeutiers les ont chassé du comté de Jackson (Missouri, États-Unis) ; en 1839, de l’État du Missouri, après que le gouverneur de l’État ait signé un décret, fin octobre 1838, pour que les mormons soient expulsés de l’État ou « exterminés4 » ; et chassés de leur ville de Nauvoo (Illinois, États-Unis), en 1846. Après leur expulsion de Nauvoo, les saints des derniers jours ont fait le voyage difficile à travers les grandes plaines jusqu’en Utah5.

Malgré leurs difficultés, les saints des derniers jours ont cherché à vivre selon les révélations données à Joseph Smith qui leur conseillaient de vivre leur religion en paix avec leurs voisins. Néanmoins, leurs adversaires de l’Ohio, du Missouri et de l’Illinois n’aimaient pas les croyances religieuses et les pratiques économiques et sociales des saints qui différaient des leurs. Ils se sentaient également menacés par le nombre croissant de mormons et leur capacité à influer sur le résultat des élections locales. Ces opposants s’en sont pris aux saints, tout d’abord verbalement, puis physiquement. Les dirigeants de l’Église, y compris Joseph Smith, ont été couverts de goudron et de plumes, battus et emprisonnés injustement. D’autres membres de l’Église ont été aussi victimes de crimes violents. Lors de l’épisode le plus atroce, au moins dix-sept hommes et garçons âgés de 9 ans à 78 ans ont été massacrés, au cours du massacre de Hawn’s Mill6. Des saintes des derniers jours ont été violées ou agressées sexuellement lors des persécutions au Missouri7. Des miliciens et des émeutiers ont détruit les maisons et volé des biens8. De nombreux ennemis des saints se sont enrichis grâce à des terres et des biens qui ne leur appartenaient pas9.

L’expulsion du Missouri, qui impliqua au moins 8 000 saints des derniers jours10, a eu lieu au cours des mois d’hiver, ce qui n’a fait qu’augmenter la souffrance des milliers de réfugiés qui manquaient de nourriture et de protection et étaient parfois victimes d’épidémies11. En mars 1839, quand Joseph Smith, emprisonné à Liberty (Missouri), reçut le rapport des souffrances des saints des derniers jours exilés, il s’exclama : « Ô Dieu, où es-tu ? » et il pria : « Souviens-toi de tes saints affligés, ô notre Dieu12 ».

Après avoir été chassés du Missouri, les saints furent tout d’abord accueillis par les habitants de l’État voisin de l’Illinois et vécurent en paix pendant un certain temps à Nauvoo. Cependant, les conflits reprirent car des non-membres et des dissidents de l’Église renouvelèrent leurs attaques. Joseph Smith et son frère Hyrum moururent brutalement en martyrs tués par un groupe d’émeutiers dans une prison d’Illinois en dépit de la promesse du gouverneur de l’État que les frères seraient protégés pendant leur détention13. Dix-huit mois plus tard, dès février 1846, en plein hiver, le principal groupe de saints quitta Nauvoo en raison des pressions subites. Ils s’installèrent dans des camps temporaires, qui seraient plus tard appelés camps de réfugiés, dans les plaines de l’Iowa et du Nebraska. On estime qu’un saint sur douze est mort dans ces camps au cours de la première année14. Une partie des pauvres et des personnes âgées était d’abord restée à Nauvoo dans l’espoir de se joindre plus tard au groupe principal des saints. Mais un groupe d’émeutiers les expulsa de Nauvoo en septembre 1846, puis profana le temple15. Un non membre qui avait parcouru les camps des saints peu de temps après, écrivit : « Effrayés et tétanisés par le froid la nuit et les coups de soleil le jour durant des journées interminables, ils étaient presque tous paralysés par la maladie. […] Ils ne pouvaient pas satisfaire les faibles besoins de leurs malades : ils n’avaient pas de pain pour calmer les cris de leurs enfants affamés16. » L’étendue de cette violence contre un groupe religieux était sans précédent dans l’histoire des États-Unis.

Les dirigeants et les membres tentèrent à plusieurs reprises d’obtenir réparation auprès des dirigeants locaux et ceux de l’État ; lorsque ces pétitions échouèrent, ils firent appel sans succès au gouvernement fédéral pour réparer les torts passés et obtenir une protection future17. Les saints des derniers jours se sont longtemps souvenus des persécutions subies et du refus des autorités gouvernementales de les protéger ou de poursuivre leurs assaillants. Ils se lamentaient souvent du fait qu’ils avaient subi des persécutions religieuses dans un pays qui promettait la liberté religieuse18. À partir de 1838, face aux persécutions continues, certains saints décidèrent de répondre par des mesures défensives, et parfois même par des représailles.

La violence et la justice personnelle dans l’Amérique du XIXe siècle

Dans la société américaine du XIXe siècle, la violence collective était commune et souvent tolérée. Une grande partie de la violence perpétrée par les saints des derniers jours et celle qu’ils subissaient s’inscrivait dans la tradition américaine de l’époque, celle des groupes d’autodéfense extralégaux qui permettait aux citoyens de s’organiser pour administrer eux-mêmes la justice lorsqu’ils pensent que les autorités les oppriment ou font preuve de laxisme. Ces groupes s’en prenaient généralement aux groupes minoritaires ou à ceux qui étaient considérés comme criminels ou en marge de la société. Ces actes étaient parfois alimentés par une rhétorique religieuse19.

L’existence de milices communautaires contribuait aussi à cette culture des groupes d’autodéfense. En 1792, le Congrès des États-Unis vota une loi exigeant que chaque homme âgé de 18 ans à 45 ans fasse partie d’une milice locale20. Au fil du temps, les milices devinrent la Garde nationale mais au début de l’Amérique, elles étaient souvent indisciplinées, commettaient des actes de violence contre des personnes ou des groupes perçus comme des opposants de la collectivité.

Dans les années 1830 et 1840, les communautés de saints des derniers jours de l’Ohio, du Missouri, de l’Illinois et de l’Utah étaient situées dans les régions frontières de l’ouest des États-Unis, où la violence collective était promptement appliquée.

La guerre mormone du Missouri et les Danites

Les actes de violence isolés commis par des saints des derniers jours peuvent généralement être considérés comme un sous-ensemble de ce phénomène plus large de violence à la frontière de l’Amérique au dix-neuvième siècle21. En 1838, Joseph Smith et d’autres membres de l’Église fuirent les émeutiers de l’Ohio et arrivèrent au Missouri, où les saints des derniers jours avaient déjà établi des colonies. Joseph Smith croyait que l’opposition des dissidents de l’Église et d’autres adversaires, qui avaient détruit leur communauté à Kirtland (Ohio), où seulement deux ans auparavant ils avaient construit un temple au prix de grands sacrifices, s’était affaiblie. À l’été 1838, les dirigeants de l’Église constatèrent une augmentation des menaces qui pesaient sur leur objectif de créer une collectivité harmonieuse au Missouri.

Dans la colonie de saints des derniers jours de Far West, certains dirigeants et certains membres organisèrent un groupe paramilitaire appelé les Danites, dont l’objectif était de défendre la communauté contre les saints des derniers jours dissidents et excommuniés ainsi que d’autres Missouriens. Les historiens considèrent généralement que Joseph Smith approuvait les Danites, mais qu’il ne fut probablement pas informé de tous leurs plans et qu’il n’approuva pas l’étendue de leurs activités. Les Danites intimidèrent les dissidents de l’Église et d’autres Missouriens ; par exemple, ils sommèrent des dissidents de quitter le comté de Caldwell. Au cours de l’automne 1838, alors que les tensions s’étaient intensifiées pendant ce qui est maintenant connu comme la guerre mormone du Missouri, les Danites s’étaient apparemment joints à des milices composées de saints des derniers jours. Ces milices affrontèrent leurs adversaires au Missouri, ce qui causa des morts des deux côtés. En outre, les miliciens mormons, notamment de nombreux Danites, pillèrent deux villes considérées comme des centres d’activité anti-mormone, brûlèrent des maisons et en volèrent des biens22. Bien que les Danites n’aient existé que pendant une brève période, cela aboutit à un mythe tenace et largement exagéré sur l’existence d’une société secrète de miliciens mormons.

Suite à leur expérience au Missouri, les saints des derniers jours créèrent une milice importante, approuvée par l’État, appelée la Légion de Nauvoo, pour se protéger une fois installés en Illinois. Cette milice était redoutée par beaucoup de gens qui considéraient les saints des derniers jours comme des ennemis. Mais la Légion évita des actions offensives ou vengeresses ; elle n’intervint même pas lors de la crise qui conduisit aux meurtres de Joseph Smith et de son frère Hyrum par des émeutiers en juin 1844 ou à la suite de ces meurtres. Lorsque le gouverneur de l’Illinois ordonna la dissolution de la Légion, les saints suivirent ses directives23.

Violence sur le territoire de l’Utah

En Utah, les agressions ou les représailles des saints des derniers jours contre ceux qu’ils considéraient comme leurs ennemis eurent lieu le plus souvent au cours de la première décennie de colonisation (de 1847 à 1857). Pour beaucoup, les cicatrices des persécutions anciennes et le voyage vers les montagnes Rocheuses étaient encore récents et personnels. Alors qu’ils s’efforçaient de se faire une place dans le désert de l’Utah, les saints étaient confrontés à des conflits persistants. Beaucoup de facteurs s’opposaient au succès de l’installation des saints des derniers jours en Utah : des tensions avec les indiens américains, qui avaient été déplacés en raison de la colonisation des mormons et des pressions exercées par le gouvernement fédéral des États-Unis, en particulier après l’annonce publique du mariage plural en 1852 ; et une population en pleine expansion. Les dirigeants de la collectivité ressentaient constamment le poids des responsabilités, non seulement du bien-être spirituel de l’Église, mais aussi de la survie physique de leur peuple. Beaucoup de ces dirigeants, notamment Brigham Young, président de l’Église et gouverneur territorial, occupaient simultanément des postes ecclésiastiques et des fonctions publiques.

Les relations des saints des derniers jours avec les indiens américains

Comme d’autres colons dans les régions frontières, les saints des derniers jours vivaient dans des régions où habitaient déjà des indiens américains. L’histoire tragique de l’extermination de nombreuses tribus indiennes et de la dévastation d’autres tribus par des colons européens immigrants et l’armée ou le gouvernement des États-Unis est bien documentée par les historiens. Tout au long du dix-neuvième siècle, les colons, notamment certains saints des derniers jours, maltraitèrent et tuèrent des indiens lors de nombreux conflits, les obligeant à quitter de bonnes terres et à intégrer des réserves.

Contrairement à la plupart des autres Américains, les saints des derniers jours considéraient les indiens comme un peuple élu, Israélites comme eux et descendants des peuples du Livre de Mormon et ainsi héritiers des promesses de Dieu. En tant que président de l’Église, gouverneur territorial et surintendant territorial des affaires indiennes, Brigham Young mena une politique de paix pour faciliter l’installation des colons mormons dans les régions où vivaient les indiens. Les saints des derniers jours apprirent des langues indiennes, établirent des relations commerciales, prêchèrent l’Évangile et cherchèrent généralement à être en bons termes avec les indiens24. Cette politique apparut toutefois de manière inégale et ne fut pas appliquée de façon uniforme25.

L’établissement de relations paisibles entre les saints des derniers jours et les indiens était la norme et l’idéal. Parfois, cependant, les membres de l’Église affrontèrent violemment les Indiens. Ces deux cultures, européenne et amérindienne, avaient une conception diamétralement opposée quant à l’utilisation des terres et des biens et ne se comprenaient pas bien. Les mormons accusaient souvent les Indiens de vol. De leur côté, les indiens croyaient que les mormons devaient partager les biens et le bétail élevé sur les terres tribales indiennes. Dans les régions colonisées par les mormons, les relations précédentes des indiens avec les Européens s’étaient limitées essentiellement à des échanges mutuellement profitables, à eux et aux trappeurs et commerçants qui ne faisaient qu’y passer ou y séjourner brièvement, à la différence des mormons qui en revendiquaient la possession permanente. Ces malentendus conduisirent à des conflits et de la violence26.

Fin 1849, les tensions entre les indiens Utes et les mormons de la vallée d’Utah augmentèrent après qu’un mormon eut tué un Ute nommé Old Bishop, qu’il accusait d’avoir volé sa chemise. Le mormon et deux associés cachèrent alors le corps de la victime dans la rivière Provo. Les détails du meurtre furent probablement cachés, du moins au début, à Brigham Young et aux autres dirigeants de l’Église. Les colons de Fort Utah firent cependant état d’autres difficultés avec les indiens, notamment de tirs d’armes en direction de colons et de vol de bétail et de cultures. Brigham Young recommanda la patience, leur disant d’« entourer leurs forts de palissades, de s’occuper de leurs propres affaires et de laisser les indiens prendre soin d’eux-mêmes27. » Néanmoins, les tensions montèrent à Fort Utah, en partie parce que les mormons locaux refusèrent de livrer aux Utes les personnes impliquées dans le meurtre d’Old Bishop ou de leur verser un dédommagement en compensation de sa mort. Pendant l’hiver 1849-1850, une épidémie de rougeole se transmit des colons mormons aux camps Ute, tuant beaucoup d’indiens et créant des tensions encore plus vives. Le 31 janvier 1850, lors d’un conseil de dirigeants de l’Église à Salt Lake City, le dirigeant de Fort Utah dit que les actions et les intentions des Utes devenaient de plus en plus agressives. Il déclara : « Ils disent avoir l’intention de chasser notre bétail. Ils veulent aller chercher d’autres indiens pour nous tuer28 ». En réponse, le gouverneur Young autorisa une campagne contre les Utes. En février 1850, une série de batailles causa la mort de dizaines d’Utes et d’un mormon29. Dans ces situations et dans d’autres, certains saints des derniers jours firent preuve d’une violence extrême envers les autochtones30.

Néanmoins, la plupart du temps, les relations que les saints avaient avec les indiens étaient plus amicales que celles des colons d’autres régions de l’Ouest américain. Brigham Young avaient des liens d’amitié avec plusieurs dirigeants indiens américains et il enseignait à son peuple à vivre en paix avec ses voisins indiens dans la mesure du possible31. Certains indiens faisaient même la différence entre les « Mormonees », qu’ils considéraient comme amicaux, et d’autres colons américains, qu’ils appelaient « Mericats32 ».

La « réforme » et la guerre d’Utah

Au milieu des années 1850, une « réforme » au sein de l’Église et des tensions entre les saints des derniers jours d’Utah et le gouvernement fédéral des États-Unis contribuèrent à créer une mentalité d’assiégés et à un regain des persécutions qui furent la cause de plusieurs épisodes au cours desquels des exactions furent commises par des membres de l’Église. Préoccupés par l’autosatisfaction spirituelle, Brigham Young et d’autres dirigeants de l’Église firent une série de discours dans lesquels ils appelèrent les saints à se repentir et à renouveler leurs engagements spirituels33. Beaucoup de membres témoignèrent qu’ils étaient devenus meilleurs grâce à cette réforme34.

Les Américains du XIXe siècle étaient habitués à un langage violent, qu’il soit ou non de nature religieuse. Au cours du siècle, les « revivalistes » avaient utilisé des images violentes pour encourager les non-convertis à se repentir et pour exhorter les pécheurs récidivistes à se réformer35. Pendant la période de la réforme, le président Young, son conseiller Jedediah M. Grant et d’autres dirigeants prêchèrerent avec ardeur, et mirent en garde les saints contre les mauvais desseins des personnes qui entraient en dissidence contre l’Église ou s’y opposaient. S’appuyant sur des passages bibliques, surtout de l’Ancien Testament, les dirigeants enseignaient que certains péchés étaient si graves que le sang de l’agresseur devait être versé afin de recevoir le pardon36. Une telle prédication augmenta la tension entre les saints des derniers jours et les quelques non mormons d’Utah, notamment les représentants du gouvernement fédéral.

Début 1857, James Buchanan, président des États-Unis, reçut des rapports de certaines des autorités fédérales affirmant que le gouverneur Young et les saints des derniers jours d’Utah se rebellaient contre l’autorité du gouvernement fédéral. Un mémo en termes vigoureux adressé par l’Assemblée législative de l’Utah au gouvernement fédéral convainquit les autorités fédérales que les rapports étaient vrais. Le président Buchanan décida de destituer Brigham Young de son poste de gouverneur et, au cours de ce qu’on a appelé la guerre d’Utah, d’envoyer une armée escorter son remplaçant. Les saints des derniers jours craignaient que l’armée à l’approche, composée d’environ 1 500 hommes, avec d’autres qui allaient suivre, commette de nouveau les déprédations du Missouri et de l’Illinois et chasse encore les saints de chez eux. En outre, Parley P. Pratt, membre du Collège des douze apôtres, avait été assassiné en Arkansas, en mai 1857. La nouvelle de l’assassinat, ainsi que les rapports de presse de l’est des États-Unis célébrant le crime, arrivèrent en Utah fin juin 185737. Pendant que ces événements se déroulaient, Brigham Young déclara la loi martiale sur le territoire, il fit revenir en Utah les missionnaires et les colons des régions éloignées et il dirigea les préparatifs de résistance à l’armée. Les discours provocateurs du président Young et d’autres dirigeants de l’Église, associés à l’arrivée imminente d’une armée, entretinrent une atmosphère de peur et de suspicion en Utah38.

Le massacre de Mountain Meadows

Début septembre 1857, au sommet de cette tension, une branche de la milice territoriale du sud de l’Utah (composée uniquement de mormons), ainsi que des indiens qu’ils avaient recrutés, attaquèrent un convoi de chariots d’émigrants d’Arkansas se rendant en Californie. Alors que le convoi de chariots s’éloignait de Salt Lake City en direction du sud, les émigrants s’étaient disputés avec les mormons locaux au sujet de l’endroit où ils pouvaient faire paître leur bétail. Certains des membres du convoi étaient contrariés parce qu’ils avaient du mal à acheter des céréales et d’autres fournitures dont ils avaient grand besoin auprès des colons locaux, qui avaient reçu pour instruction de les conserver à titre de politique temps de guerre. Frustrés, certains émigrants avaient menacé de se joindre aux troupes qui arrivaient et de se battre contre les saints39.

Certains saints ne tenaient pas compte de ces menaces, mais d’autres dirigeants locaux de l’Église et des membres de Cedar City (Utah), prônaient la violence. Isaac C. Haight, président de pieu et chef de la milice, envoya John D. Lee, un capitaine de milice, diriger une attaque contre le convoi d’émigrants. Quand le président parla du plan au conseil, d’autres dirigeants s’y opposèrent et demandèrent qu’il annule l’attaque et envoie à la place un cavalier à Brigham Young, à Salt Lake City pour recevoir des instructions. Mais les personnes que Haight avait envoyées attaquer les émigrants mirent leur plan à exécution avant d’avoir reçu l’ordre de ne pas attaquer. Les émigrants contre-attaquèrent et un siège s’ensuivit.

Au cours des jours suivants, la situation s’aggrava. Les miliciens mormons préparèrent et commirent un massacre délibéré. Ils attirèrent les émigrants hors de leur cercle de chariots grâce à un faux drapeau blanc et, aidés par des indiens Paiutes qu’ils avaient recrutés, ils les massacrèrent. Entre la première attaque et le massacre final, cent vingt hommes, femmes et enfants perdirent la vie dans une vallée appelée Mountain Meadows. Seuls de petits enfants, considérés comme trop jeunes pour être en mesure de dire ce qui était arrivé, furent épargnés. Le cavalier express revint deux jours après le massacre. Il apportait une lettre de Brigham Young disant aux dirigeants locaux de ne pas toucher aux émigrants et de leur permettre de traverser le sud de l’Utah40. Les miliciens cherchèrent à camoufler le crime en en accusant les indiens Paiutes, dont certains étaient aussi membres de l’Église.

Deux saints des derniers jours furent par la suite excommuniés de l’Église pour leur participation au massacre et un grand jury qui comprenait des saints des derniers jours inculpa neuf hommes. Seul John D. Lee, qui avait participé au massacre, fut condamné et exécuté pour ce crime, ce qui alimenta de fausses allégations selon lesquelles le massacre avait été ordonné par Brigham Young.

Ces dernières années, l’Église a fait des efforts diligents pour apprendre tout ce qui était possible au sujet de ce massacre. Au début des années 2000, des historiens du département d’histoire de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ont parcouru des archives partout aux États-Unis à la recherche de documents ; chaque document concernant le massacre en possession de l’Église a aussi fait l’objet d’un examen minutieux. Dans l’ouvrage qui en a résulté, publié par Oxford University Press en 2008, les auteurs Ronald W. Walker, Richard E. Turley Jr. et Glen M. Leonard ont conclu que bien que les discours enflammés de Brigham Young, de George A. Smith et d’autres dirigeants aient contribué à un climat d’hostilité, le président Young n’avait pas ordonné le massacre. Ce furent plutôt les affrontements verbaux entre les membres du convoi de chariots et les colons du sud de l’Utah qui alarmèrent la population, particulièrement dans le cadre de la guerre d’Utah et d’autres événements concomitants. Une série de décisions tragiques prises par les dirigeants locaux de l’Église, qui occupaient également des postes clés au sein de l’administration et de la milice du sud de l’Utah, conduisit au massacre41.

Mis à part le massacre de Mountain Meadows, quelques saints des derniers jours commirent d’autres actes de violence contre un petit nombre de dissidents et d’étrangers. Certains saints des derniers jours perpétrèrent des actes de violence extralégale, particulièrement dans les années 1850, quand la crainte et les tensions étaient répandues dans le territoire de l’Utah. La rhétorique enflammée des dirigeants de l’Église, dirigée vers les dissidents, a pu faire croire à ces mormons que ces actions étaient justifiées42. Les auteurs de ces crimes n’étaient généralement pas punis. Malgré cela, de nombreuses allégations de violence de cette nature ne sont pas fondées et des auteurs anti-mormons ont attribué aux dirigeants de l’Église beaucoup de crimes non résolus ou de décès suspects survenus dans les premières années de l’Utah43.

Conclusion

Au dix-neuvième siècle, beaucoup de gens ont injustement qualifié les saints des derniers jours de peuple violent. Pourtant, au dix-neuvième siècle comme aujourd’hui, beaucoup de saints des derniers jours vivaient en paix avec leurs voisins et leurs familles et cherchaient la paix dans leurs collectivités. Au dix-neuvième siècle, des voyageurs ont souvent remarqué la paix et l’ordre qui régnaient dans les communautés mormones en Utah et ailleurs44. Néanmoins, les actions d’un nombre relativement de saints des derniers jours ont provoqué la mort ou des blessures, causé une dégradation des relations au sein de la collectivité et endommagé l’image de peuple paisible des Mormons45.

L’Église de Jésus-Christ des saints des Derniers Jours condamne les actions et les paroles violentes et confirme son engagement à faire avancer la paix dans le monde entier. Parlant du massacre de Mountain Meadows, Henry B Eyring, alors membre du Collège des douze apôtres, a dit : « L’Évangile de Jésus-Christ que nous faisons nôtre a en horreur le meurtre de sang-froid d’hommes, de femmes et d’enfants. Il prône en effet la paix et le pardon. Ce qui a été fait là il y a longtemps par des membres de notre Église constitue une infraction terrible et inexcusable à la conduite et aux enseignements chrétiens46. »

Tout au long de son histoire, les dirigeants de l’Église ont enseigné que le chemin des disciples du Christ est le chemin de la paix. Russell M. Nelson, du Collège des douze apôtres, a établi un lien entre la foi des saints des derniers jours en Jésus-Christ et leur recherche active de l’amour du prochain et de la paix avec tout le monde. il a dit : « L’espoir du monde est le Prince de la paix. […] Qu’est-ce que le Seigneur attend de nous, membres de l’Église de Jésus-Christ des saints des Derniers Jours ? En tant qu’Église, il nous est demandé : « Renoncez à la guerre, proclamez la paix. » En tant qu’individus, nous devons rechercher ce qui conduit à la paix. Nous devons personnellement procurer la paix47. »