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Guidés par la foi


Chapitre six

Guidés par la foi

Préparatifs pour quitter Nauvoo

Les dirigeants de l’Eglise parlaient depuis 1834 de déplacer les saints vers les Montagnes Rocheuses où ils pourraient vivre en paix. Avec les années, les dirigeants envisagèrent des sites précis avec les explorateurs et étudièrent des cartes pour trouver le bon endroit où s’installer. A la fin de 1845, les dirigeants de l’Eglise avaient en leur possession les renseignements les plus récents concernant l’Ouest.

Comme les persécutions s’intensifiaient à Nauvoo, il devint évident que les saints devraient partir. Dès novembre 1845, Nauvoo était une ruche bourdonnante de gens en train de se préparer. On appela des capitaines de cent, de cinquante et de dix pour diriger les saints pendant leur exode. Chaque groupe de cent créa un ou plusieurs ateliers de charronnerie. Charrons, menuisiers et ébénistes travaillaient jusque tard dans la nuit à préparer le bois et à construire les chariots. Des membres furent envoyés dans l’Est acheter du fer, et les forgerons fabriquaient le matériel nécessaire pour le voyage et les outils agricoles dont on aurait besoin pour coloniser une nouvelle Sion. Les familles rassemblaient la nourriture et les articles ménagers et remplissaient les récipients d’entreposage de fruits séchés, de riz, de farine et de médicaments. Travaillant ensemble pour le bien de tous, les saints en accomplirent plus qu’on ne l’aurait cru possible en aussi peu de temps.

Epreuves d’un exode hivernal

L’évacuation de Nauvoo devait à l’origine avoir lieu en avril 1846. Mais comme la milice de l’Etat menaçait d’empêcher les saints de partir vers l’Ouest, les douze apôtres et d’autres édiles tinrent en hâte conseil le 2 février 1846. Ils convinrent qu’il était impérieux de partir immédiatement pour l’Ouest, et l’exode commença le 4 février. Sous la direction de Brigham Young, le premier groupe de saints entreprit le voyage avec ardeur. Mais cette ardeur devait affronter une grande épreuve, car il y avait de nombreux kilomètres à parcourir avant de trouver du répit dans des camps permanents après avoir affronté la fin de l’hiver et un printemps exceptionnellement pluvieux.

Pour échapper à leurs persécuteurs, des milliers de saints durent tout d’abord traverser le Mississippi, qui était très large, jusqu’en Iowa. Le voyage commença très tôt à être dangereux, lorsqu’un boeuf lança une ruade qui fit un trou dans une barque transportant un certain nombre de saints, et que la barque coula. Un observateur vit les malheureux passagers s’agripper à des lits de plumes, à des bouts de bois, «à des planches, à tout ce qui leur tombait sous la main, et danser comme des bouchons sur l’eau à la merci des vagues glaciales et incessantes… Certains grimpèrent au sommet du chariot, qui ne coula pas tout à fait et se retrouvèrent dans une position plus confortable, tandis qu’on voyait les vaches et les boeufs qui étaient à bord nager vers la rive d’où ils étaient venus1.» Finalement, tous furent hissés sur des bateaux et conduits de l’autre côté.

Quinze jours après la première traversée, le fleuve gela pendant un certain temps. Bien que la glace fût glissante, elle supporta les chariots et les attelages et facilita la traversée. Mais le froid causa beaucoup de souffrances aux saints qui devaient avancer péniblement à travers la neige. Quand ils campèrent à Sugar Creek, de l’autre côté du fleuve, un vent constant apporta de la neige qui tomba sur une épaisseur de près de vingt centimètres. Ensuite le dégel rendit le sol boueux. Tout autour, au-dessus et en dessous, les éléments s’unissaient pour rendre l’existence misérable aux deux mille saints blottis dans des tentes, des chariots et des abris construits en hâte en attendant l’ordre de continuer.

La partie la plus difficile du voyage fut la première, la traversée de l’Iowa. Hosea Stout écrit: «Je me préparai pour la nuit en dressant une tente temporaire à l’aide de draps de lit. A ce moment-là, ma femme était à peine capable de se mettre sur son séant et mon petit garçon, malade, avait une forte fièvre et ne se rendait même pas compte de ce qui se passait autour de lui2.» Beaucoup d’autres saints souffrirent aussi considérablement.

Tout est bien

La foi, le courage et la détermination de ces saints leur permit de continuer malgré le froid, la faim et la mort de leurs proches. William Clayton fut appelé à être dans un des premiers groupes à quitter Nauvoo et laissa sa femme, Diantha, chez les parents de celle-ci, à un mois seulement d’accoucher de son premier enfant. Le fait de devoir avancer opiniâtrement sur des chemins boueux et de camper sous des tentes glaciales alors qu’il se faisait du souci pour le bien-être de Diantha était une rude épreuve pour ses nerfs. Deux mois plus tard, il ne savait toujours pas si elle avait accouché sans complication, mais finalement il reçut la joyeuse nouvelle qu«beau gros garçon» était né. Presque tout de suite après avoir appris cette nouvelle, William s’assit et écrivit un cantique qui non seulement avait une signification toute particulière pour eux, mais allait devenir, pendant des générations, un cantique d’inspiration et de reconnaissance pour les membres de l’Eglise: «Venez, venez», et les vers célèbres exprimaient sa foi et la foi des milliers de saints qui chantèrent au milieu de l’adversité: «Tout est bien! Tout est bien!3» Comme les membres qui les ont suivis, ils trouvèrent la joie et la paix qui sont la récompense du sacrifice et de l’obéissance dans le royaume de Dieu.

Winter Quarters

Il fallut cent trente et un jours aux saints pour parcourir les cinq cents kilomètres de Nauvoo jusqu’aux colonies de l’ouest de l’Iowa où ils passeraient l’hiver de 1846–47 et se prépareraient pour l’émigration vers les Montagnes Rocheuses. Cette expérience leur apprit beaucoup de choses sur l’art de voyager qui allaient les aider à traverser plus rapidement les seize cents kilomètres des grandes plaines américaines, ce qui fut fait l’année suivante en cent onze jours environ.

Plusieurs colonies de saints s’étiraient le long des deux rives du Missouri. Winter Quarters, la plus grande, était sur la rive ouest, au Nebraska. Elle devint rapidement la patrie de quelque trois mille cinq cents membres de l’Eglise, qui vécurent dans des maisons de rondins et des trous creusés à flanc de coteau et constitués de terre et de saules. Jusqu’à deux mille cinq cents saints vécurent dans et autour de ce que l’on appela Kanesville, du côté Iowa du Missouri. Leur vie dans ces colonies était presque aussi difficile que quand ils étaient en route. Au cours de l’été, ils souffrirent de la malaria. Quand vint l’hiver et que l’on ne disposa plus de nourriture fraîche, ils souffrirent d’épidémies de choléra, du scorbut, de maux de dents, d’héméralopie (réduction importante de la vision lorsque la lumière est faible) et de fortes diarrhées. Des centaines de personnes moururent.

Et pourtant la vie continuait. Selon Mary Richards, dont le mari, Samuel, était en mission en Ecosse, les femmes passaient leurs journées à nettoyer, repasser, laver, faire des couvertures, écrire des lettres, faire des repas avec leurs maigres provisions et s’occuper de leurs enfants. Elle nota avec bonne humeur les occupations des saints à Winter Quarters, notamment des activités telles que discussions théologiques, bals, réunions de l’Eglise, fêtes et réveils de frontière.

Les hommes travaillaient ensemble et se réunissaient souvent pour parler des projets de voyage et du futur lieu d’installation des saints. Ils travaillaient régulièrement en collaboration pour rassembler le bétail qui paissait dans la prairie dans les environs du camp. Ils travaillaient dans les champs, gardaient le périmètre de la colonie, construisaient et exploitaient un moulin à farine et préparaient les chariots pour le voyage, souffrant souvent d’épuisement et de maladie. Leur travail était en partie un travail d’amour désintéressé, puisqu’ils préparaient les champs et faisaient les semailles qui seraient moissonnées par les saints qui les suivraient.

John, fils de Brigham Young, appela Winter Quarters «le Valley Forge (haut lieu historique de la guerre d’indépendance des Etats-Unis, N.d.T.) du mormonisme». Il y habitait près du cimetière et voyait «les petits cortèges funèbres qui passaient si souvent devant la porte». Il dit combien pauvre et uniforme était l’ordinaire de sa famille, constitué de pain de maïs, de bacon salé et d’un peu de lait. La bouillie et le lard devenaient si écœurants que manger était comme prendre des médicaments, et il avait du mal à avaler4. Seuls la foi et la consécration des saints les soutinrent pendant cette période éprouvante.

Le bataillon mormon

Pendant que les saints étaient en Iowa, les recruteurs de l’armée américaine demandèrent aux dirigeants de l’Eglise de fournir un contingent d’hommes pour participer à la guerre contre le Mexique, qui avait commencé en mai 1846. Les hommes, à qui on finit par donner le nom de bataillon mormon, devaient traverser le sud du pays jusqu’en Californie et seraient payés, vêtus et nourris. Brigham Young encouragea les hommes à s’enrôler, parce que cela permettrait de lever de l’argent pour rassembler les pauvres de Nauvoo et aider les familles des soldats. Le fait de collaborer avec le gouvernement dans cette entreprise montrerait aussi la loyauté des membres de l’Eglise à leur pays et leur donnerait une bonne raison de camper temporairement sur des terres publiques et indiennes. Finalement, cinq cent quarante et un hommes acceptèrent les conseils de leurs dirigeants et s’enrôlèrent dans le bataillon. Ils furent accompagnés de trente-trois femmes et de quarante-deux enfants.

La perspective d’aller à la guerre était aggravée, chez les membres du bataillon, par la tristesse d’abandonner leurs femmes et leurs enfants à un moment difficile. William Hyde écrit:

«L’idée de quitter ma famille à un moment aussi critique ne se décrit pas. Elle était loin de l’endroit où elle était née, perdue dans une prairie solitaire, sans aucun autre abri qu’un chariot, écrasée par un soleil brûlant, avec la perspective que les vents froids de décembre la trouveraient au même endroit morne et désolé.

«Ma famille se composait de ma femme et de deux petits enfants qui restaient en la compagnie d’un père et d’une mère âgés et d’un frère. La plupart des membres du bataillon laissaient une famille… Quand allions-nous les retrouver, Dieu seul le savait. Néanmoins nous n’estimions pas devoir murmurer5

Le bataillon partit vers le sud-ouest et fit trois mille deux cent cinquante kilomètres jusqu’en Californie, souffrant du manque de nourriture et d’eau, d’insuffisance de repos et de soins médicaux et de l’allure rapide de la marche. Les soldats servirent de troupes d’occupation à San Diego, à San Luis Rey et à Los Angeles. A la fin de leur année d’enrôlement, ils furent démobilisés et autorisés à rejoindre leurs familles. Leurs efforts et leur loyauté au gouvernement des Etats-Unis leur valurent le respect de ceux qui les dirigeaient.

Après leur démobilisation, beaucoup de membres du bataillon restèrent en Californie pour y travailler quelque temps. Un certain nombre d’entre eux se rendirent plus au nord sur l’American River et étaient employés à la scierie de John Sutter lorsqu’on y découvrit de l’or en 1848, ce qui provoqua la célèbre ruée vers l’or de Californie. Mais les frères de l’Eglise ne restèrent pas en Californie pour profiter de cette occasion de faire fortune. Leur cœur était auprès de leurs frères et sœurs qui traversaient péniblement les plaines américaines vers les Montagnes Rocheuses. L’un d’eux, James S. Brown, explique:

«Je n’ai plus jamais vu ce riche endroit de la terre et je ne le regrette pas, car j’ai toujours eu un objectif plus élevé que l’or… Certains penseront peut-être que nous ne voyions pas où était notre intérêt; mais après plus de quarante ans, nous regardons en arrière sans regrets, bien que nous ayons vu des fortunes s’édifier dans le pays et que beaucoup de choses nous aient donné la tentation de rester. Les gens disaient: ‹Ici il y a de l’or dans le roc, de l’or sur les collines, de l’or dans les ruisselets, de l’or partout… et vous pouvez faire fortune en peu de temps.› Nous en étions bien conscients. Mais le devoir nous appelait, notre honneur était en jeu, nous avions fait alliance entre nous, il y avait un principe qui jouait; car pour nous c’était Dieu et son royaume d’abord. Nous avions des amis et des parents dans le désert, oui, dans une terre désertique, vierge, et qui savait dans quel état ils étaient? Nous ne le savions pas. C’était donc le devoir avant le plaisir, avant la richesse et, ainsi motivés, nous partîmes6.» Ces frères savaient bien que le royaume de Dieu avait une valeur bien plus grande que toutes les choses matérielles de ce monde et ils firent leur choix en conséquence.

Les saints du Brooklyn

La plupart des saints se rendirent dans les Montagnes Rocheuses en faisant la traversée par voie de terre à partir de Nauvoo, mais un groupe de saints de l’est des Etats-Unis prit le chemin de la mer. Le 4 février 1846, soixante-dix hommes, soixante-huit femmes et cent enfants montèrent à bord du Brooklyn et quittèrent le port de New York pour un voyage de vingt-sept mille kilomètres jusqu’à la côte californienne. Pendant leur voyage, deux enfants naquirent, que l’on appela Atlantic et Pacific, et douze personnes moururent.

Le voyage, qui dura six mois, fut très pénible. Les passagers étaient serrés les uns contre les autres dans la chaleur des tropiques, et ils n’avaient que de la nourriture avariée et de l’eau croupie. Après avoir dépassé le cap Horn, ils s’arrêtèrent dans l’île Juan Fernandez pour s’y reposer pendant cinq jours. Caroline Augusta Perkins écrit: «La vue de la terre ferme et la possibilité de pouvoir la fouler une fois de plus sous nos pieds nous soulageait tellement de la vie sur le bateau, que nous en profitâmes avec reconnaissance.» Ils se baignèrent, lavèrent leurs vêtements dans l’eau fraîche, cueillirent des fruits et des pommes de terre, prirent du poisson et des anguilles et se promenèrent dans l’île, explorant une «caverne du genre de celle de Robinson Crusoé7».

Le 31 juillet 1846, après un voyage marqué de violentes tempêtes, d’une nourriture de plus en plus rare et de longues journées de navigation, ils arrivèrent à San Francisco. Certains y restèrent et fondèrent une colonie appelée New Hope (Nouvelle-Espérance), tandis que d’autres traversaient les montagnes pour rejoindre les saints dans le Grand Bassin, à l’est.

Le rassemblement continue

De tous les coins de l’Amérique et de nombreux pays, par toutes sortes de moyens de transport, à cheval ou à pied, les convertis fidèles quittaient leurs maisons et le lieu où ils étaient nés pour rejoindre les saints et entreprendre le long voyage vers les Montagnes Rocheuses.

En janvier 1847, Brigham Young publia le texte inspiré «La Parole et la Volonté du Seigneur concernant le camp d’Israël» (D&A 136:1), qui devint la constitution régissant le mouvement des pionniers vers l’Ouest. Des groupes furent organisés et chargés de prendre soin des veuves et des orphelins qui se trouvaient parmi eux. Les relations avec les autres devaient être exemptes de toute méchanceté, de toute convoitise, de toute querelle. Les gens devaient être heureux et montrer leur reconnaissance par la musique, la prière et la danse. Par l’intermédiaire du président Young, le Seigneur dit aux saints: «Allez faire ce que je vous ai dit, et ne craignez point vos ennemis» (D&A 136:17).

Comme le premier convoi pionnier se préparait à quitter Winter Quarters, Parley P. Pratt revint de sa mission en Angleterre et annonça que John Taylor le suivait avec un don des saints anglais. Le lendemain, frère Taylor arriva avec l’argent de la dîme envoyé par ces membres pour aider les voyageurs, preuve de leur amour et de leur foi. Il apporta aussi des instruments scientifiques qui se révélèrent d’une grande utilité pour déterminer l’itinéraire pionnier et les aider à s’instruire sur leur environnement. Le 15 avril 1847, lea premier convoi, avec Brigham Young à sa tête, se mit en route. Pendant les deux décennies qui suivirent, quelque soixante-deux mille saints allaient les suivre sur les prairies en chariots et en charrettes à bras pour se rassembler en Sion.

De merveilleux spectacles ainsi que des vicissitudes attendaient ces voyageurs en cours de route. Joseph Moenor se rappela avoir eu du mal à arriver dans la vallée du lac Salé. Mais il vit des choses qu’il n’avait encore jamais vues: de grands troupeaux de bisons et de grands cèdres sur les collines8. D’autres se souvinrent avoir vu de vastes étendues de tournesols en fleur.

Les saints eurent aussi des expériences enrichissantes pour la foi, qui rendirent plus légères les exigences physiques imposées à leur corps. Après un long jour de voyage et un repas cuit à feu ouvert, hommes et femmes se rassemblaient en groupes pour parler des activités du jour. Ils parlaient des principes de l’Evangile, chantaient des cantiques, dansaient et priaient ensemble.

La mort frappa souvent les saints pendant qu’ils avançaient lentement vers l’Ouest. Le 23 juin 1850, la famille Crandall comptait quinze personnes. A la fin de la semaine, sept étaient mortes de ce terrible fléau qu’était le choléra. Les cinq jours suivants, cinq autres membres de la famille moururent. Le 30 juin, sœur Crandall mourut avec l’enfant auquel elle venait de donner le jour.

Les saints souffrirent beaucoup au cours de leur voyage jusqu’à la vallée du lac Salé, mais un esprit d’unité, de collaboration et d’optimisme régna. Unis par leur foi et leur engagement vis-à-vis du Seigneur, ils trouvèrent de la joie au milieu de leurs épreuves.

C’est là

Le 21 juillet 1847, Orson Pratt et Erastus Snow, du premier convoi de pionniers, précédèrent les immigrants dans la vallée du lac Salé. Ils y trouvèrent une herbe si haute qu’on pouvait s’y cacher, ce qui promettait des terres à cultiver, et plusieurs ruisseaux qui serpentaient dans la vallée. Trois jours plus tard, Brigham Young, qui souffrait de la fièvre des montagnes, fut amené dans son chariot à l’embouchure d’un canyon qui donnait sur la vallée. Tandis qu’il contemplait l’endroit, il donna sa bénédiction prophétique à leur voyage: «Cela suffit. C’est là.»

Lorsque les saints qui suivaient débouchèrent des montagnes, ils contemplèrent, eux aussi, leur terre promise! Cette vallée avec son lac salé qui luisait dans le soleil de l’ouest, était l’objet des visions et des prophéties, la terre dont eux et des milliers derrière eux avaient rêvé. C’était leur lieu de refuge, où ils deviendraient un peuple puissant au milieu des Montagnes Rocheuses.

Plusieurs années plus tard, Jean Rio Griffiths Baker, une convertie d’Angleterre, écrivit ce qu’elle éprouva quand elle contempla Salt Lake City pour la première fois. «La ville… est disposée en carrés ou en blocs, comme on les appelle ici; chacun contient quatre hectares et est divisé en huit lots, dont chacun a une maison. Je restai là à regarder. Il m’est difficile d’analyser mes sentiments, mais je pense que les principaux étaient la joie et la reconnaissance pour la protection qui nous avait été accordée à moi et aux miens pendant notre long et dangereux voyage9

Les pionniers des charrettes à bras

Dans les années 1850, les dirigeants de l’Eglise décidèrent de constituer des convois de charrettes à bras afin de diminuer les frais et de pouvoir accorder une aide financière au plus grand nombre possible d’émigrants. Les saints qui voyagèrent de cette façon ne mettaient que cent livres de farine et des quantités limitées de provisions et de biens dans une charrette et la poussaient ensuite sur les plaines. De 1856 à 1860, dix convois de charrettes à bras se rendirent en Utah. Huit d’entre eux arrivèrent à bon port dans la vallée du lac Salé, mais deux d’entre eux, les convois de charrettes à bras Martin et Willie, furent surpris par un hiver précoce et beaucoup de sains périrent.

Nellie Pucell, pionnière d’un de ces malheureux convois, eut son dixième anniversaire dans les plaines. Son père et sa mère moururent pendant le voyage. Lorsque le groupe approcha des montagnes, le temps était glacial, les rations étaient épuisées, et les saints étaient trop affaiblis par la faim pour continuer. Nellie et sa sœur s’effondrèrent. Quand elles eurent presque perdu tout espoir, le chef du convoi s’approcha d’elles avec son chariot. Il mit Nellie dans le chariot et dit à Maggie de l’accompagner à pied, en s’y agrippant pour se soutenir. Maggie eut de la chance, parce que la marche forcée lui épargna les gelures.

Quand ils arrivèrent à Salt Lake City et que l’on enleva les chaussures et les bas que Nellie avait portés pour traverser les plaines, la peau se détacha parce qu’elle était gelée. Dans la douleur, on dut amputer les pieds de cette courageuse jeune fille qui marcha sur les genoux le reste de sa vie. Elle se maria plus tard et donna le jour à six enfants, entretenant sa maison et élevant une belle postérité10. Sa détermination en dépit de sa situation, et la gentillesse de ceux qui s’occupèrent d’elle sont un exemple de la foi et de la disposition de ces premiers membres de l’Eglise à faire des sacrifices. Leur exemple est un legs de foi pour tous les saints qui les suivent.

Un homme, qui avait traversé les plaines avec le convoi de charrettes à bras Martin, vécut de nombreuses années en Utah. Un jour, il se trouvait avec un groupe de personnes qui commencèrent à critiquer vivement les dirigeants de l’Eglise d’avoir permis aux saints de traverser les plaines en n’ayant pas davantage de réserves ou de protection que celles que fournissait un convoi de charrettes à bras. Le vieillard écouta jusqu’à ce qu’il ne pût plus le supporter; puis il se leva et dit avec beaucoup d’émotion:

«J’étais dans ce convoi et ma femme y était… Nous avons souffert au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer, et beaucoup sont morts de faim et de froid; mais avez-vous jamais entendu un survivant de ce convoi se livrer à la moindre critique?… [Nous avons] traversé les plaines avec la connaissance absolue que Dieu vit, car, dans notre détresse, nous avons appris à le connaître.

«J’ai tiré ma charrette à bras, alors que j’étais si faible et si las de maladie et de manque de nourriture, qu’il m’était quasiment impossible de mettre un pied devant l’autre. J’ai regardé devant moi et j’ai vu une étendue de sable ou une montée, et je me suis dit: Je ne pourrai aller que jusque là et alors je devrai renoncer, car je ne pourrai pas arriver de l’autre côté en tirant cette charge… J’ai continué jusqu’à ce sable, et quand j’y suis arrivé, c’est la charrette qui a commencé à me pousser. Je me suis retourné bien des fois pour voir qui poussait ma charrette, mais mes yeux n’ont vu personne. J’ai su alors que les anges de Dieu étaient là.

«Ai-je regretté d’avoir décidé de venir avec les charrettes à bras? Non. Ni à ce moment-là, ni à aucun instant de ma vie depuis lors. Ce que nous avons dû payer pour faire la connaissance de Dieu, cela a été une joie de le payer, et je suis reconnaissant d’avoir eu la bénédiction de venir avec le convoi de charrettes à bras de Martin.11»

La version anglaise du livre de cantiques contient un chant concernant les premiers membres de l’Eglise qui ont courageusement accepté l’Evangile et fait un long trajet pour vivre aux avant-postes de la civilisation:

Bâtisseurs de la nation,

Ouvrant la voie en chemin,

Ils furent un tremplin pour les générations

Dans leurs gestes quotidiens.

Posant de nouveaux et solides fondements,

Faisant les frontières reculer,

Poussant toujours plus avant,

Heureux, révérés pionniers.

Leur exemple nous enseigne à vivre avec plus de foi et de courage dans notre pays:

Leur mot d’ordre était le service,

L’étoile de leur ciel, l’amour.

Leur infaillible flambeau était le courage,

Rayonnant tout alentour.

Chaque jour un fardeau de moins,

Chaque jour un cœur consolé,

Chaque jour un espoir plus grand,

Heureux, révérés pionniers.12

Sources

  1. Juanita Brooks, éd., On the Mormon Frontier: The Diary of Hosea Stout, 2 vol. (1964) 1:114.

  2. Juanita Brooks, On the Mormon Frontier, 1:117.

  3. James B. Allen, Trials of Discipleship: The Story of William Clayton, a Mormon (1987), 202.

  4. Russell R. Rich, Ensign to the Nations (1972), 92.

  5. Readings in LDS Church History: From Original Manuscripts, éd. William E. Berrett et Alma P. Burton, 3 vol. (1965), 2:221.

  6. James S. Brown, Giant of the Lord: Life of a Pioneer (1960), 120.

  7. Caroline Augusta Perkins, citée dans «The Ship Brooklyn Saints», Our Pioneer Heritage (1960), 506.

  8. Utah Semi-Centennial Commission, The Book of the Pioneers (1897), 2 vol., 2:54; dans Archives de l’Eglise.

  9. «Jean Rio Griffiths Baker Diary», 29 sept. 1851; dans Archives de l’Eglise.

  10. «Story of Nellie Pucell Unthank», Heart Throbs of the West, comp. Kate B. Carter, 12 vol. (1939–51), 9:418–20.

  11. William Palmer, cité dans David O. McKay, «Pioneer Women», Relief Society Magazine, janv. 1948, 8.

  12. «They, the Builders of the Nation», Hymns, n° 36.