2011
Couronne d’épines, couronne de victoire
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Jusqu’au revoir

Couronne d’épines, couronne de victoire

La couronne d’épines est devenue pour moi le symbole de la connaissance que le Sauveur a de nos souffrances cachées et de sa capacité de les guérir.

Mois d’août en Terre Sainte. Autour de nous les ruines de Capharnaüm scintillent dans la chaleur de l’après-midi. C’est un endroit fascinant, mais depuis un moment notre guide, comme cette cigale toute proche, tient des propos ennuyeux, et mes pensées commencent à vagabonder.

Soudain je reviens à la réalité quand le guide montre l’arbre qui nous donne de l’ombre et dit avec désinvolture : « On l’appelle l’arbre de la ‘couronne d’épines’ ». Je regarde les branches feuillues. Où sont les épines ? Sur la pointe des pieds, je tire une petite branche avec précaution pour la voir de plus près.

Là, au milieu des feuilles fragiles, je vois les épines. Minces et vertes, méchamment pointues et aussi longues que mon pouce, on ne peut pas les distinguer à plus d’un ou deux mètres. Mais quiconque toucherait une des brindilles feuillues se ferait certainement mal.

Je pense aux nombreuses peintures que j’ai vues du Sauveur debout devant une parodie de tribunal, vêtu de pourpre et portant une couronne faite de branches tordues, sèches et épineuses. Soudain, je comprends qu’un esclave ou un soldat ayant la tâche de fabriquer cette couronne aurait utilisé des branches souples et vertes comme celles de l’arbre au-dessus de moi, et non des brindilles sèches et fragiles. Plus révélateur, la raison d’être de la couronne n’est pas seulement de causer la douleur mais aussi de railler et de moquer.

Dans le monde antique, une couronne verte et feuillue, faite habituellement avec les feuilles odorantes du laurier, était souvent remise aux vainqueurs des compétitions ou des batailles. La couronne de laurier ornait les représentations des rois et des empereurs. Il se peut que la couronne cruelle enfoncée sur le front du Sauveur ait été feuillue et verte par allusion sardonique à cet ancien honneur. C’est juste une supposition, non un point de doctrine. Mais pour moi, le fait d’imaginer les choses ainsi fait ressortir plus clairement un aspect de l’Expiation : le Sauveur connaît nos peines et il est capable de nous guérir.

Le manteau mis sur lui était un symbole moqueur de la royauté. Il couvrait les zébrures et les entailles des coups de fouet qu’il venait de recevoir. De la même façon, une couronne d’épines feuillue apparaît comme un emblème de victoire mais cache en fait la souffrance qu’elle inflige.

Tant d’entre nous ont des blessures qui passent inaperçues. Un cantique enseigne qu’on « ne peut lire en leur âme leurs chagrins ni leurs secrets » (« Seigneur, je te suivrai », Cantiques n°141) Mais le Sauveur le peut. Il connaît très bien l’angoisse intime. Il a vécu tout son ministère dans la prévision de l’Expiation et de la Résurrection. Pourtant ceux qu’il instruisait, bénissait et guérissait ne le savaient pas. Même ses disciples l’ignoraient.

Le Sauveur voit au-delà des « manteaux » et des « couronnes » qui dissimulent nos souffrances aux autres. Ayant éprouvé « des souffrances, et des afflictions et des tentations de toute espèce », il est rempli de miséricorde et sait comment nous secourir quand nous déposons notre fardeau à ses pieds (voir Alma 7:11-12). Il est le baume qui peut guérir même les plaies profondes et cachées. Et la couronne qu’il nous tend est réellement celle du vainqueur.

Le Christ à la couronne d’épines Tableau de Carl Heinrich Bloch, publié avec la permission du musée national de Frederickborg, à Hillerød (Danemark), reproduction interdite.