J’irai où tu me veux
    Notes de bas de page

    J’irai où tu me veux

    C’est grâce à leurs labeurs dans sa vigne que les hommes et les femmes qui servent Dieu parviennent le mieux à la pleine mesure de cette conversion.

    Mon sujet est tiré d’un cantique qui inspire les serviteurs fidèles du Seigneur depuis des générations.

    Peut-être n’est-ce pas sur les monts,

    Ni sur la mer en fureur,

    Peut-être n’est-ce pas sur le front

    Qu’il faut que je sois, Seigneur.

    Si tu m’as appelé dans des sentiers,

    Des routes inconnus,

    Toujours, Seigneur, je dirai, comblé :

    « J’irai où tu me veux, Jésus. »

    (« J’irai où tu veux », Cantiques, n° 174, premier couplet)

    Écrites par une poétesse qui n’était pas une sainte des derniers jours, ces paroles expriment l’engagement des enfants fidèles de Dieu à toutes les époques.

    Abraham, qui emmena Isaac faire le douloureux voyage jusqu’au mont Morija, allait fidèlement là où le Seigneur le voulait (voir Genèse 22). C’est ce que fit David lorsqu’il s’avança devant les armées d’Israël pour relever le défi du géant Goliath (voir Samuel 10:17). Esther, poussée à sauver son peuple, fit une démarche qui mettait sa vie en danger quand elle affronta le roi dans sa cour intérieure (voir Esther 4-5). « J’irai où tu me veux, Seigneur. » C’est cette détermination qui a incité Léhi à quitter Jérusalem (voir 1 Néphi 2) et son fils, Néphi, à retourner chercher les précieuses annales (voir 1 Néphi 3). On pourrait citer des centaines d’autres exemples dans les Écritures.

    Toutes ces âmes fidèles ont montré leur obéissance aux directives du Seigneur et leur foi en sa puissance et en sa bonté. Comme l’explique Néphi : « J’irai et je ferai la chose que le Seigneur a commandée, car je sais que le Seigneur ne donne pas de commandements aux enfants des hommes sans leur préparer la voie pour qu’ils puissent accomplir ce qu’il leur commande » (1 Néphi 3:7).

    Tout autour de nous, et dans nos souvenirs, nous avons des exemples inspirants de saints des derniers jours qui ont œuvré fidèlement et avec soumission. L’un des exemples les mieux connus est celui de J. Reuben Clark. Après avoir été pendant seize ans un premier conseiller extraordinairement influent, il a été, lors d’une réorganisation de la Première Présidence, appelé comme deuxième conseiller. Donnant un exemple d’humilité et de volonté de servir qui a influencé des générations de travailleurs dans l’Église, il a dit à celle-ci : « Au service du Seigneur, ce n’est pas l’endroit où l’on œuvre, mais la façon dont on le fait. Dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, on prend la place à laquelle on est dûment appelé, place que l’on ne brigue ni ne refuse » (Conference Report, avril 1951, p. 154).

    Il y a aussi l’exemple tout aussi important, bien que moins visible, des millions de membres qui œuvrent maintenant avec une foi et un dévouement semblables dans les recoins éloignés de la vigne du Seigneur. Nos missionnaires fidèles d’âge mûr en sont les meilleurs exemples que je connaisse.

    J’ai récemment examiné les dossiers missionnaires de cinquante couples d’âge mûr. Tous avaient déjà fait au moins trois missions lorsqu’ils ont envoyé leur candidature pour un nouvel appel. Ils venaient de partout, depuis l’Australie jusqu’à l’Arizona, depuis la Californie jusqu’au Missouri. Ils avaient de soixante à soixante-dix ans et même jusqu’à… peu importe. Un couple, qui se proposait pour une septième mission, avait déjà œuvré à Temple Square, en Alaska, en Nouvelle-Zélande, au Kenya et au Ghana. On l’envoyait aux Philippines. On pourrait citer des dizaines d’exemples du même genre.

    Les commentaires des dirigeants de la prêtrise de ces couples sont des témoignages de service et de sacrifice. En voici quelques-uns :

    « Disposés à aller n’importe où, à faire n’importe quoi, aussi longtemps que l’on veut. »

    « Ce sont des membres de l’Église exemplaires qui consacrent leur vie au Seigneur. »

    « Nous irons là où le Seigneur nous veut, notait un autre couple. Nous prions pour être envoyés là où l’on a besoin de nous. »

    Les commentaires des dirigeants de la prêtrise sur les qualifications de ces couples donnent un bon résumé de l’œuvre que nos missionnaires d’âge mûr font si efficacement.

    « Il excelle à lancer des programmes et à diriger. »

    « Leur plus grande joie est d’être invités à ‘édifier’ et à développer, aussi une mission dans une des nouvelles régions de l’Église peut-elle être indiquée. Disposés à travailler à n’importe quel poste. »

    « Ils seront vraisemblablement plus utiles s’ils s’occupent de non-pratiquants et de convertis plutôt que s’ils travaillent dans un bureau. »

    « Ils aiment les jeunes et ont la manière avec eux. »

    « Là où ils sont les plus efficaces et ce qu’ils aiment le mieux c’est le soutien des dirigeants et l’intégration. »

    « Ils sont un peu plus lents physiquement mais pas dans les questions spirituelles ni dans le zèle missionnaire. »

    « C’est un vrai missionnaire. Il se prénomme Néphi et il suit l’exemple de son homonyme. Elle, c’est une personne formidable, et elle a toujours donné un excellent exemple. Ils feront un merveilleux travail où qu’on les appelle. C’est leur cinquième mission. » (On les avait envoyés précédemment à Guam, au Nigeria, au Vietnam, au Pakistan et à Singapour, et en Malaisie. Pour leur donner un peu de répit par rapport à ces missions ardues, les serviteurs du Seigneur les ont appelés à travailler au temple de Nauvoo.)

    Un autre couple s’est fait le porte-parole de tous ces héros et de toutes ces héroïnes en écrivant : « Nous irons n’importe où et nous ferons ce que l’on nous demandera. Ce n’est pas un sacrifice, c’est une bénédiction. »

    Ces missionnaires d’âge mûr représentent une bonne part de sacrifice et d’engagement. C’est également le cas de nos présidents de mission et de nos présidents de temple et de leurs loyaux conjoints. Tous partent de chez eux et quittent leur famille pour travailler à plein temps pendant une certaine période. Il en va de même de l’armée de jeunes missionnaires qui mettent leur vie chez eux en attente et disent au revoir à leur famille et à leurs amis et s’en vont (habituellement à leurs propres frais) œuvrer là où le Seigneur les envoie par l’intermédiaire de ses serviteurs.

    J’irai où tu veux que je sois, Seigneur,

    Par les mers, la plaine, les forêts.

    Je dirai les mots que tu mets dans mon cœur,

    Ce que tu voudras je serai.

    (Cantiques, n° 174, refrain)

    Des millions d’autres personnes œuvrent chez elles en donnant gratuitement de leur temps à l’Église. Il en va de même des 26 000 épiscopats et présidences de branche et des présidences fidèles des collèges, de la Société de Secours, de la Primaire et des Jeunes Filles, qui œuvrent avec eux et sous leur direction. Il en va de même de millions d’autres, instructeurs fidèles dans les paroisses, les branches, les pieux et les districts. Et pensez aux centaines de milliers d’instructeurs au foyer et d’instructrices visiteuses qui s’acquittent du commandement de Dieu de « toujours veiller sur les membres de l’Église, d’être avec eux et de les fortifier » (D&A 20:53). Tout ceux-là peuvent s’unir pour ce couplet inspirant :

    Des mots aimants ai-je prononcés

    Que Jésus aurait voulus,

    Ils auraient sans doute pu aider.

    Celui qui se croit perdu

    Seigneur, guide-moi toujours partout,

    Éclaire mon sentier ;

    Ma voix dira ton message doux ;

    Ce que tu voudras je dirai.

    (Cantiques, n° 174, deuxième couplet)

    Comme l’a enseigné le prophète et roi Benjamin : lorsque nous sommes au service de nos semblables, nous sommes simplement au service de notre Dieu (voir Mosiah 2:17). Il nous a aussi recommandé de veiller « à ce que tout cela se fasse avec sagesse et ordre ; car il n’est pas requis que l’homme coure plus vite qu’il n’a de force » (Mosiah 4:27).

    L’Évangile de Jésus-Christ nous invite à nous convertir. Il nous enseigne ce que nous devons faire et nous donne des occasions de devenir ce que notre Père céleste désire nous voir devenir. C’est grâce à leurs labeurs dans sa vigne que les hommes et les femmes qui servent Dieu parviennent le mieux à la pleine mesure de cette conversion.

    Nous avons une grande tradition de service désintéressé dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. En effet, l’une des caractéristiques distinctives de l’Église est le fait que nous n’avons pas de clergé payé professionnel dans nos milliers d’assemblées locales ni dans les pieux, les districts et les missions qui les supervisent dans les régions. C’est un élément essentiel du plan de Dieu pour ses enfants grâce auquel la direction et l’œuvre de son Église sont assurées par ses enfants, qui donnent généreusement de leur temps au service de Dieu et de leurs semblables. Ils obéissent au commandement du Seigneur de l’aimer et de le servir (voir Jean 14:15 ; D&A 20:19, 42:29, 59:5). C’est comme cela que les hommes et les femmes se préparent pour la bénédiction suprême de la vie éternelle.

    Certains, néanmoins, peuvent mieux faire. Quand je demande aux présidents de pieu de me donner des suggestions sur les sujets dont je devrais traiter lors des conférences de pieu, j’entends souvent parler de membres qui refusent les appels dans l’Église ou qui acceptent des appels et ensuite ne s’acquittent pas de leurs responsabilités. Certains ne sont ni engagés ni fidèles. Il en a toujours été ainsi. Mais cela n’est pas sans avoir des conséquences.

    Le Sauveur a parlé de la différence entre les fidèles et les infidèles dans trois grandes paraboles que l’on trouve au chapitre 25 de Matthieu. La moitié des invités sont exclus du festin de noces parce qu’ils ne sont pas prêts à l’arrivée de l’époux (voir Mathieu 25:1-13). Les serviteurs inutiles, qui ne se sont pas donné la peine d’utiliser les talents que le Maître leur avait donnés, ne sont pas autorisés à entrer dans la joie du Seigneur (voir Matthieu 25:14-30). Et lorsque le Seigneur vient dans sa gloire, il sépare les brebis, qui l’ont servi, lui et leurs semblables, des boucs, qui ne l’ont pas fait. Seuls ceux qui l’ont fait à l’un des plus petits de ses frères (voir Matthieu 25:40) seront placés à sa droite pour hériter le royaume préparé dès la fondation du monde (voir Matthieu 25:31-46).

    Mes frères et sœurs, si vous vous laissez aller dans votre engagement, demandez-vous qui vous refusez ou négligez de servir lorsque vous refusez un appel ou lorsque vous acceptez, promettez, mais n’accomplissez pas. Je prie pour que chacun d’entre nous mette en pratique ce passage inspiré :

    Je trouverai bien dans ta moisson

    Un lieu modeste et discret

    Où travailler, glanant à foison

    Pour Jésus, le Crucifié

    (Cantiques, n° 174).

    Jésus a montré le chemin. Malgré son appréhension de devoir prendre le chemin douloureux passant par Gethsémané et le Calvaire (voir D&A 19:18), il dit avec soumission au Père : « Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne » (Luc 22:42).

    Il avait précédemment enseigné : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera. Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perdait son âme ? ou, que donnerait un homme en échange de son âme ? » (Matthieu 16:24-26).

    Nous devons nous rappeler la raison pour laquelle nous nous servons les uns les autres. Si ce n’était que pour accomplir une partie de son œuvre, Dieu pourrait envoyer des « légions d’anges », comme Jésus l’a enseigné une autre fois (voir Matthieu 26:53). Mais cela ne permettrait pas d’atteindre le but du service qu’il a prescrit. Nous servons Dieu et nos semblables pour devenir le genre d’enfants qui peuvent retourner vivre avec leurs parents célestes.

    M’abandonnant à tes tendres soins,

    Étant par toi aimé,

    Seigneur, suivant toujours ton chemin,

    Ce que tu voudras je serai.

    (Cantiques n° 174)

    Il y a près de dix ans, j’ai lu une lettre d’un missionnaire de retour qui décrivait ce processus dans sa vie. Il avait écrit pour remercier ceux qui dirigent l’œuvre missionnaire d’avoir osé l’envoyer là où le Seigneur le voulait plutôt que là où il l’avait estimé utile. Il était issu, disait-il, « d’un milieu intellectuel compétitif et orgueilleux ». Avant sa mission, il était étudiant dans une université prestigieuse de l’Est des États-Unis. Je cite :

    « Je crois que c’est par obligation et par inertie que j’ai rempli mon dossier de candidature à la mission et que je l’ai envoyé, en prenant grand soin de cocher la colonne indiquant l’endroit et la langue étrangère où je désirais le plus servir. J’ai pris soin de bien faire ressortir que j’étais expert en russe et parfaitement capable de passer deux ans là-bas. Certain qu’aucun comité ne pourrait résister à de telles qualifications, j’avais l’assurance que je connaîtrais une aventure culturelle merveilleusement enrichissante. »

    Il eut le choc de recevoir un appel à faire une mission aux États-Unis. Il ne connaissait rien de l’État où il allait faire sa mission, à part le fait qu’il se trouvait dans son propre pays et qu’on y parlait l’anglais plutôt que d’être à l’étranger parlant la langue qu’il avait apprise, et où, comme il le disait, « les gens avec qui [il allait travailler] seraient vraisemblablement intellectuellement incompétents ». Il ajoutait : « J’ai failli refuser l’appel, estimant que je me réaliserais davantage en m’engageant dans la protection civile ou à quelque chose d’autre. »

    Heureusement, ce jeune homme orgueilleux allait trouver le courage et la foi d’accepter l’appel et de suivre les directives et les recommandations de son excellent président de mission. C’est alors que le miracle de l’épanouissement spirituel a commencé. Voici comment il le décrit :

    « Quand j’ai commencé à œuvrer parmi les gens sans instruction de cet État, j’ai eu de grandes difficultés pendant plusieurs mois, mais progressivement la douce influence de l’Esprit a commencé à faire tomber les murs de l’orgueil et de l’incrédulité qui s’étaient dressés d’une manière si infranchissable autour de mon âme. Le miracle de la conversion au Christ était en route. Le sentiment de l’existence de Dieu et de la fraternité éternelle de tous les hommes s’est imposé d’une manière de plus en plus puissante à mon esprit perturbé. »

    Cela n’a pas été facile, a-t-il reconnu, mais grâce à l’influence de son excellent président de mission et avec l’amour croissant qu’il éprouvait pour ceux qu’il servait, cela a été possible et cela s’est fait.

    « Mon désir d’aimer et de servir ces gens qui, en fin de compte, étaient au moins mes égaux, et presque certainement mes supérieurs, est devenu de plus en plus fort. Pour la première fois de ma vie, j’apprenais l’humilité ; j’apprenais ce que signifie évaluer les autres sans s’appuyer sur les détails de la vie qui n’ont rien à voir. Et j’ai commencé à sentir mon cœur se gonfler d’amour pour les esprits qui sont venus sur cette terre avec moi » (lettre aux Autorités générales, février 1994).

    Tel est le miracle du service. Comme l’a écrit la poétesse :

    Si tu m’as appelé dans des sentiers,

    Des routes inconnus,

    Toujours, Seigneur, je dirai, comblé :

    « J’irai où tu me veux, Jésus »

    (Cantiques, n° 174).

    Je témoigne de Jésus-Christ, qui nous appelle sur sa voie et à son service et je prie pour que nous ayons la foi et l’engagement nécessaires pour le suivre et la force d’être ce qu’il veut que nous soyons, au nom de Jésus-Christ. Amen.