«Concentration et priorités»
    Notes de bas de page

    «Concentration et priorités»

    «L’utilisation sage de l’information disponible est beaucoup plus précieuse que des informations multipliées qu’on laisse en friche.»

    A l’approche de la fin de cette magnifique conférence, il convient de nous demander ce que nous allons nous efforcer de devenir du fait de ce que nous avons entendu de la bouche des serviteurs du Seigneur.

    Nous sommes responsables et nous serons jugés d’après la façon dont nous aurons utilisé ce que nous avons reçu. Ce principe éternel s’applique à tout ce qui nous a été donné. Dans la parabole des talents (voir Matthieu 25:14-30), le Sauveur a enseigné ce principe en ce qui concerne l’usage des biens. Le principe de la responsabilité s’applique aussi aux ressources spirituelles conférées dans les enseignements qui nous ont été donnés et aux heures et aux jours précieux qui sont impartis à chacun de nous pendant le temps que nous passons ici-bas.

    Je vais examiner comment ce principe de la responsabilité s’applique à la façon dont nous utilisons l’accroissement de temps libre et d’informations qui nous est donné à notre époque.

    Etant donné l’augmentation de notre espérance de vie et des techniques modernes qui nous font gagner du temps, la plupart d’entre nous disposent de beaucoup plus de temps libre que nos prédécesseurs. Nous sommes responsables de la façon dont nous utilisons ce temps. «Tu ne gaspilleras pas ton temps» (D&A 60:13) et «cessez d’être paresseux» (D&A 88:124), a commandé le Seigneur aux premiers missionnaires et aux premiers membres. «Mettons à profit le temps pendant le jour qui luit», chantons-nous dans un cantique bien connu, «et employons chaque instant à l’œuvre avant la nuit! Nous ne pouvons retenir l’éclat béni du jour, pas plus qu’empêcher de fuir les ombres dans leur cours» («Mettons à profit le temps», Cantiques, n° 143).

    L’importance de l’augmentation de notre temps libre a été bien des fois mise en évidence par les techniques modernes de traitement des données. Que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, des techniques telles que l’Internet et le disque compact ont mis à notre portée une somme incroyable d’informations, de perceptions et d’images. En même temps que la nourriture rapide, nous avons des communications rapides et l’accès rapide à l’information. L’effet de ces ressources sur certains d’entre nous semble accomplir la prophétie du prophète Daniel selon laquelle, dans les derniers jours, «la connaissance augmentera» et «beaucoup courront ça et là» (Daniel 12:4, selon la KJV).

    Avec l’accroissement considérable du temps libre et les possibilités énormément accrues de l’utiliser, il est prudent de passer en revue les principes fondamentaux qui devraient nous guider. Les situations matérielles changent, mais les lois et les principes éternels qui doivent guider nos choix ne changent jamais.

    I.

    Il y a une petite histoire qui contient un avertissement. C’est une histoire que j’aime bien, parce qu’elle se traduit facilement dans des langues et des cultures différentes.

    Deux hommes se sont associés. Ils construisent un petit hangar à côté d’une route très fréquentée. Ils se procurent un camion et se rendent dans le champ d’un fermier, où ils achètent plein leur camion de melons au prix d’un dollar pièce. Ils ramènent le camion chargé au hangar près de la route, où ils vendent leurs melons un dollar pièce. Ils retournent dans le champ du fermier et achètent de nouveau un chargement de melons à un dollar pièce. Une fois de plus, ils les transportent au bord de la route et les vendent de nouveau un dollar pièce. Tandis qu’ils retournent dans le champ du fermier pour se procurer un autre chargement, l’un des associés dit à l’autre: «Notre commerce ne nous rapporte pas grand-chose!» «Non, répond l’autre. Ne crois-tu pas que nous aurions besoin d’un plus gros camion?»

    Nous non plus, nous n’avons pas besoin d’un plus gros camion d’informations. Comme les associés de mon histoire, ce dont nous avons le plus besoin c’est avoir une idée plus claire de la façon dont nous devons évaluer et utiliser ce que nous avons déjà.

    Grâce à la technologie moderne, beaucoup d’entre nous ont à portée de la main le contenu d’immenses bibliothèques et d’autres sources de données. Certains passent des heures innombrables à surfer sans but sur l’Internet, à regarder des programmes sans intérêt à la télévision ou à parcourir d’autres avalanches d’information. Mais dans quel but? Ceux qui se livrent à de telles activités sont comme les deux associés de mon histoire, courant çà et là, transportant des quantités de plus en plus grandes, mais ne saisissant pas la vérité essentielle que l’on ne peut pas tirer profit de ses efforts tant qu’on ne comprend pas la vraie valeur de ce que l’on a déjà sous la main.

    Un poète a dit de cette illusion que c’est un «cycle sans fin» qui apporte «une connaissance des mots et l’ignorance de la Parole» dans laquelle «la sagesse se perd dans la connaissance» et «la connaissance se perd dans l’information» (T. S. Eliot, «Choruses from the Rock», The Complete Poems and Plays, New York, 1909-1950 [1962], p. 96).

    Nous avons des milliers de fois plus d’informations à notre disposition que Thomas Jefferson ou Abraham Lincoln. Et pourtant lequel d’entre nous se considérerait comme mille fois plus instruit et plus utile à son prochain qu’eux? La qualité sublime de ce que ces deux hommes nous ont donné – notamment la Déclaration d’Indépendance et le Discours de Gettysburg – n’était pas le fait des grandes sources d’informations dont ils disposaient, car leurs bibliothèques étaient relativement petites comparées aux nôtres. Leur génie était d’utiliser avec sagesse et inspiration une quantité limitée d’informations.

    L’utilisation sage de l’information disponible est beaucoup plus précieuse que des informations multipliées que l’on laisse en friche. C’est une leçon évidente que j’ai dû apprendre lorsque je faisais mon droit.

    Il y a plus de quarante-cinq ans, j’ai été introduit dans une bibliothèque de droit contenant des centaines de milliers d’ouvrages juridiques. (Aujourd’hui, une bibliothèque de ce genre comporterait des millions de pages supplémentaires accessibles grâce à l’informatique.) Quand j’ai commencé à préparer un travail que l’on m’avait demandé de faire, j’ai passé de nombreux jours à compulser des centaines de livres pour trouver la documentation dont j’avais besoin. Je n’ai pas tardé à apprendre la vérité évidente (déjà bien connue des chercheurs expérimentés) que je ne pourrais jamais mener à bien la tâche qui m’avait été confiée dans le temps dont je disposais, si je ne concentrais pas mes recherches dès le départ et si je ne mettais pas fin suffisamment tôt à ces recherches pour avoir le temps d’analyser ce que j’avais trouvé et rédiger mes conclusions.

    Face à un excès d’informations dans les ressources merveilleuses qui nous ont été données, nous devons concentrer notre attention dès le départ, sinon nous risquons de devenir comme les personnes mentionnées dans la prophétie célèbre concernant les gens dans les derniers jours, qui apprennent toujours et ne peuvent jamais arriver à la connaissance de la vérité» (voir 2 Timothée 3:7). Nous avons aussi besoin de calme, de méditation et de prière pendant que nous nous efforçons de transformer l’information en connaissance et la connaissance en sagesse.

    Nous avons aussi besoin de concentration pour éviter ce qui est nocif. L’abondance d’informations et d’images accessibles sur l’Internet réclame une concentration et un contrôle sévères si l’on veut éviter d’accéder à la pornographie, qui est un fléau croissant dans notre société. Comme le fait remarquer le Deseret News dans un éditorial récent, «les images qui étaient autrefois cachées sous les comptoirs situés à l’écart dans les magasins sont maintenant à la portée d’un clic de souris» («Staying ahead of Pornography», 21-22 février 2001, p. A12). L’Internet a rendu la pornographie accessible presque sans effort et souvent sans que l’on doive quitter l’intimité de sa maison ou de sa chambre. L’Internet a également facilité les activités d’adultes prédateurs qui utilisent son anonymat et son accessibilité pour aborder les enfants à des fins perverses. Parents et jeunes, prenez garde!

    Ce flot d’informations facilement accessibles a beaucoup d’applications dans l’Evangile. Par exemple, le site de l’Eglise fournit maintenant l’accès à tous les discours de conférence générale et au contenu des magazines de l’Eglise des trente dernières années. Les instructeurs peuvent télécharger des renseignements à la pelle sur n’importe quel sujet. Lorsqu’une feuille que l’on distribue aux élèves est bien ciblée, elle peut être enrichissante. Mais des feuilles que l’on distribue à la pelle peuvent contrarier nos efforts pour enseigner les principes de l’Evangile avec clarté et avec témoignage. Une pile de documentation supplémentaire peut appauvrir au lieu d’enrichir, parce qu’elle perturbe la concentration des élèves sur les principes considérés, et les empêche de chercher dans la prière à appliquer ces principes dans leur vie.

    Néphi a enseigné: «Faites-vous un festin des paroles du Christ, car voici, les paroles du Christ vous diront tout ce que vous devez faire» (2 Néphi 32:3). La concentration, c’est cela. Néphi a dit aussi qu’en enseignant en s’appuyant sur les Ecritures, il appliquait toutes les Ecritures à nous, afin que cela soit pour notre profit et notre instruction (voir 1 Néphi 19:23). C’est cela, l’application des choses à soi.

    Pour illustrer autrement encore la nécessité de nous concentrer lorsque nous utilisons les grandes sources d’information du passé dans notre enseignement, comparez la valeur qu’a aujourd’hui le conseil que Brigham Young a donné à un auditoire il y a cent quarante ans avec ce que le président Hinckley et d’autres serviteurs du Seigneur nous disent en ce moment même, à cette conférence. Ou bien, comparez la valeur pour chacun de nous de certains autres faits ou conseils donnés dans le passé lointain avec ce que notre président de pieu nous a dit lors de notre dernière conférence ou ce que notre évêque nous a recommandé dimanche dernier.

    Au-delà de tout cela, il y a l’importance de ce que l’Esprit nous a chuchoté hier soir ou ce matin concernant nos besoins personnels précis. Chacun de nous doit s’assurer que le flot d’informations actuel n’occupe pas si complètement son temps qu’il ne peut ni se concentrer ni entendre ni suivre le murmure doux et léger qui est là pour guider chacun de nous dans les difficultés personnelles qu’il rencontre aujourd’hui.

    J’espère que ces mises en garde sur la nécessité de nous concentrer ne seront pas interprétées comme étant hostiles à une utilisation sélective de la nouvelle technologie qui a mis à notre portée une si grande abondance d’informations. En cela, je fais écho aux paroles de Brigham Young, qui a déclaré:

    «Toute découverte dans les sciences et les arts qui en est vraiment une et qui est utile à l’humanité a été donnée par révélation directe de la part de Dieu… Nous devons tirer parti de toutes ces grandes découvertes… et permettre à nos enfants de profiter de toutes les branches des connaissances utiles, pour les préparer à faire efficacement leur part de la grande œuvre» (Deseret News, 22 octobre 1862, p. 129).

    II.

    Nous avons également besoin de priorités. Ce sont nos priorités qui déterminent ce que nous cherchons dans la vie. La plus grande partie de ce qui a été enseigné à cette conférence concerne les priorités. J’espère que nous ferons attention à ces enseignements.

    Jésus a parlé de priorités quand il a dit: «Ne cherchez donc pas les choses de ce monde mais cherchez premièrement à édifier le royaume de Dieu et à faire régner la justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus» (TJS Matthieu 6:38). «Chercher… premièrement à édifier le royaume de Dieu» signifie donner la priorité absolue à Dieu et à son œuvre. L’œuvre de Dieu consiste à réaliser la vie éternelle de ses enfants (voir Moïse 1:39) et tout ce que cela implique dans la naissance, l’éducation, la formation et le scellement des enfants de notre Père céleste. Tout le reste vient en second lieu. Réfléchissez à cette réalité tandis que nous examinons quelques enseignements et quelques exemples concernant les priorités. Comme quelqu’un l’a dit, si nous ne choisissons pas d’abord le royaume de Dieu, ce que nous aurons choisi au lieu de cela n’aura pas grande importance à long terme.

    Pour ce qui est de la connaissance, la connaissance religieuse qui a la toute première priorité, c’est celle que nous recevons au temple. Cette connaissance découle des enseignements explicites et symboliques de la dotation et des murmures de l’Esprit que nous entendons lorsque nous avons le désir de chercher et que nous sommes réceptifs pour entendre la révélation qui nous est accessible en ce lieu sacré.

    Pour ce qui est des biens, Jésus a enseigné: «La vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance» (Luc 12:15). Par conséquent, nous ne devons pas nous amasser «des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent» (Matthieu 6:19). En d’autres termes, les trésors de notre cœur, nos priorités, ne doivent pas être ce que les Ecritures appellent les «richesses [et]… les choses vaines de ce monde» (Alma 39:14). Les «choses vaines du monde» comportent toutes les combinaisons de ce quatuor profane: les biens, l’orgueil, la notoriété et le pouvoir. A ce propos, les Ecritures nous rappellent: «Tu ne peux les emporter avec toi» (Alma 39:14). Nous devons rechercher le genre de trésors que les Ecritures promettent aux fidèles: «de grands trésors de connaissance, même des trésors cachés» (Doctrine et Alliances 89:19).

    Nous avons tous tout autour de nous le bon exemple de ceux qui recherchent les trésors permanents, ceux qui ont «faim et soif de la justice» (Matthieu 5:6) et mettent le royaume de Dieu au premier plan de leur vie. Parmi les exemples les plus visibles de ce genre, il y a les hommes et les femmes qui mettent de côté leurs activités profanes et disent même adieu à leur famille pour faire une mission pour le Seigneur. Des dizaines de milliers d’entre eux sont de jeunes missionnaires. En outre, je fais particulièrement l’éloge de ceux qui font une mission dans leurs années de maturité, les uns comme dirigeants de mission, les autres comme ceux que nous appelons les couples missionnaires. Leurs services remarquables sont la preuve de leurs priorités, et leur exemple impressionnant est un guide pour leur famille et pour tous ceux qui les connaissent.

    C’est dans notre manière d’utiliser notre temps que se manifestent le mieux nos priorités. Quelqu’un a dit: «Il y a trois choses qui ne reviennent jamais: la flèche qui a été tirée, la parole qui a été dite et l’occasion qui a été perdue. Nous ne pouvons pas recycler ni mettre de côté le temps qui nous est imparti chaque jour. Avec le temps, nous n’avons qu’une seule occasion de choisir et ensuite elle est passée à tout jamais.

    Les bons choix sont particulièrement importants dans notre vie de famille. Par exemple, comment les membres de la famille passent-ils leur temps libre ensemble? Le temps passé ensemble est nécessaire, mais insuffisant. Les priorités doivent nous gouverner dans le temps précieux que nous consacrons à nos relations au sein de la famille. Comparez l’effet du temps passé simplement dans la même pièce comme spectateurs devant la télévision et l’importance du temps consacré à communiquer l’un avec l’autre et en famille.

    Pour citer un autre exemple, combien de temps une famille consacre-t-elle à apprendre l’Evangile par l’étude des Ecritures et les enseignements des parents par contraste avec le temps que les membres de la famille passent à regarder les compétitions sportives, les débats ou les séries télévisées? Je crois que beaucoup parmi nous sont suralimentés en spectacles de mauvaise qualité et sous-alimentés en ce qui concerne le pain de vie.

    Pour ce qui est des priorités pour chaque grande décision (comme les études, le métier, le domicile, le mariage ou la maternité), nous devons nous demander ce que sera l’impact éternel de cette décision. Certaines décisions, qui semblent désirables pour cette vie, comportent des risques inacceptables pour l’éternité. Dans tous les choix de ce genre, nous devons avoir des priorités inspirées et les appliquer d’une manière qui nous apportera des bénédictions éternelles, à nous et aux membres de notre famille.

    Ensuite, après avoir fait tout ce que nous pouvons, nous devons nous souvenir du conseil sage et de l’assurance réconfortante du roi Benjamin, qui a enseigné: «Et veillez à ce que tout cela se fasse avec sagesse et ordre; car il n’est pas requis que l’homme coure plus vite qu’il n’a de force» (Mosiah 4:27).

    Les priorités suprêmes des saints des derniers jours sont de deux sortes. Premièrement, nous cherchons à comprendre notre relation avec Dieu, le Père éternel, et avec son Fils, Jésus-Christ, et à assurer cette relation en obtenant les ordonnances salvatrices et en respectant nos alliances personnelles. Deuxièmement, nous cherchons à comprendre notre relation avec les membres de notre famille et à assurer ces relations par les ordonnances du temple et en gardant les alliances que nous faisons dans ce lieu saint. Ces relations, assurées de la manière que j’ai expliquée, garantissent des bénédictions éternelles, qui ne sont accessibles d’aucune autre façon. La science, les succès, les biens, l’orgueil, la célébrité et la puissance combinés ne peuvent assurer ces bénédictions éternelles!

    Je témoigne que cela est vrai, et je témoigne de Dieu le Père, dont le plan fixe la voie, et de notre Sauveur, Jésus-Christ, dont l’expiation rend tout cela possible. Au nom de Jésus-Christ. Amen.s