Le témoin, Martin Harris
    Notes de bas de page

    Le témoin, Martin Harris


    L’une des plus grandes contributions que Martin Harris ait faites à l’Eglise, pour laquelle il devrait être honoré à tout jamais, a été de financer la publication du Livre de Mormon.

    La loi des témoins

    Les témoins et le fait de témoigner sont essentiels dans le plan de Dieu pour le salut de ses enfants. Dans la Divinité, la fonction du Saint-Esprit est de rendre témoignage du Père et du Fils (voir 2 Néphi 31:18). Le Père rend témoignage du Fils (voir Matthieu 3:17; 17:5; Jean 5:31-39) et le Fils rend témoignage du Père (voir Jean 17). Le Seigneur a recommandé à ses serviteurs de témoigner de lui (voir Esaïe 43:10; Mosiah 18:9; D&A 84:62), et tous les prophètes ont rendu témoignage de Jésus-Christ (voir Actes 10:43; Apocalypse 19:10).


    Les Ecritures déclarent que «toute affaire se réglera sur la déclaration de deux ou de trois témoins» (2 Corinthiens 13:1; D&A 6:28; voir aussi Deutéronome 19:15). Les ordonnances salvatrices les plus importantes, le baptême, le mariage et d’autres ordonnances du temple, requièrent d’avoir des témoins (voir D&A 127:6; 128:3).


    La Bible témoigne de Jésus-Christ par les prophéties de sa venue, par les récits de son ministère et par les témoignages des personnes qui ont apporté son message au monde. Le contenu du Livre de Mormon est semblable: des témoignages donnés avant, pendant et après le ministère du Messie. Le titre qu’il porte maintenant est approprié: «Un autre témoignage de Jésus-Christ.»


    Les tÉmoins du Livre de Mormon

    Le Livre de Mormon a ses propres témoins. J’ai choisi de parler de l’importance de leur témoignage et de la vie de l’un d’entre eux.


    Pendant que Joseph Smith traduisait le Livre de Mormon, le Seigneur a révélé que, en plus du témoignage du Prophète, le monde aurait celui de trois de ses serviteurs qu’il appellerait et ordonnerait et à qui il montrerait ces choses (voir D&A 5:11; voir aussi Ether 5:2-4; 2 Néphi 27:12-13). «Oui, ils sauront avec certitude que ces choses sont vraies, car c’est du haut des cieux que je les leur annoncerai» (D&A 5:12).


    Il y a eu aussi huit témoins, mais nous parlerons de leur témoignage une autre fois. 


    Les trois hommes choisis comme témoins du Livre de Mormon se nommaient Oliver Cowdery, David Whitmer et Martin Harris. Le texte qu’ils ont rédigé, «Témoignage de trois témoins», a été inclus dans la totalité des presque 100 millions d’exemplaires du Livre de Mormon que l’Eglise a publiés depuis 1830. Ces hommes témoignent solennellement qu’ils ont vu «les plaques contenant ces annales» et «les caractères qui sont gravés sur les plaques». Ils témoignent que ces écrits ont été traduits par le don et le pouvoir de Dieu, car sa voix le leur a déclaré. Ils disent: «Nous déclarons, en toute sincérité, qu’un ange de Dieu est venu du ciel et qu’il a apporté et placé les plaques sous nos yeux, que nous avons contemplé et vu les plaques, ainsi que les caractères qui y étaient gravés; et nous savons que c’est par la grâce de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ que nous avons vu ces choses et que nous témoignons que ces choses sont vraies.»


    Ils ajoutent: «La voix du Seigneur nous a commandé d’en rendre témoignage; c’est pourquoi, voulant obéir aux commandements de Dieu, nous rendont témoignage de ces choses» («Témoignage de trois témoins», Livre de Mormon).


    Les gens qui ne croient pas qu’il soit possible qu’il y ait des êtres surnaturels rejettent peut-être ce témoignage remarquable, mais ceux qui acceptent de croire à des expériences miraculeuses doivent le trouver convaincant. Le témoignage solennel écrit de trois témoins à propos de ce qu’ils ont vu et entendu, deux d’entre eux ensemble et le troisième presque immédiatement après, mérite qu’on lui accorde beaucoup de crédit. En réalité, nous savons que sur le témoignage d’une seule personne, on prétend à des miracles qui sont acceptés par de nombreux croyants, et dans le monde, le témoignage d’une seule personne est considéré comme suffisant pour infliger de lourdes peines et prononcer de lourdes sentences.


    Les spécialistes en matière d’évaluation de témoignages tiennent généralement compte de l’occasion qu’a eue le témoin d’observer un événement et du risque qu’il soit subjectif. Lorsque différents témoins rendent un témoignage identique du même événement, les sceptiques recherchent des preuves de connivence entre eux, et d’autres témoins qui puissent les contredire.


    Face à toutes ces objections possibles, le témoignage des trois témoins du Livre de Mormon est en position de force. Chacun des trois témoins a eu de bonnes raisons et de bonnes occasions de renier son témoignage s’il avait été faux, et de rester ambigu sur des détails si l’un d’eux avait été inexact. Comme on le sait très bien, en raison de désaccords ou de jalousies impliquant d’autres dirigeants de l’Eglise, chacun de ces trois témoins a été excommunié de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours dans les huit années qui ont suivi la publication de leur témoignage. Ils suivirent tous les trois des voies différentes, sans aucun intérêt commun qui puisse étayer une accusation de connivence. Pourtant, jusqu’à la fin de sa vie, période qui a duré de douze à cinquante ans après leur excommunication, aucun de ces témoins ne s’est écarté de son témoignage officiel ni n’a dit quoi que ce soit qui porte une ombre sur sa véracité.


    En outre, leur témoignage n’a été contredit par aucun autre témoin. On peut le rejeter, mais comment explique-t-on que trois hommes de bonne réputation s’unissent et persistent dans ce témoignage officiel jusqu’à la fin de leur vie malgré les moqueries et d’autres désavantages personnels? Comme le Livre de Mormon, il n’y a pas de meilleure explication que celle donnée dans le témoignage lui-même: la déclaration solennelle d’hommes bons et honnêtes qui ont déclaré ce qu’ils ont vu.


    Martin Harris


    Portant un intérêt personnel à Martin Harris, je suis attristé de la réputation qu’il a chez la plupart des membres de l’Eglise. Il mérite mieux que de rester dans le souvenir des gens comme l’homme qui a obtenu injustement puis a perdu les premières pages du manuscrit initial du Livre de Mormon.


    Quand le Livre de Mormon a été publié, Martin Harris avait à peu près quarante-sept ans. Il était l’aîné de plus de vingt ans de Joseph Smith et des deux autres témoins. C’était un citoyen prospère et respecté de Palmyra, dans l’Etat de New York. Il possédait une ferme de plus de cent hectares, ce qui était grand pour l’époque et pour l’endroit. Il était un ancien combattant respecté qui avait participé à deux batailles de la guerre de 1812. Ses concitoyens lui avaient accordé leur confiance et l’avaient élu à de nombreux postes et responsabilités dans la collectivité. Il était partout respecté pour son travail et son intégrité. Des évaluations faites par des contemporains le décrivent comme un fermier travailleur, intelligent en affaires, et d’habitudes frugales et d’une intégrité rigoureuse dans ses transactions (voir Richard Lloyd Anderson, Investigating the Book of Mormon Witnesses, 1981, pp. 96-97, 98).


    Cet homme prospère et intègre d’un certain âge s’est lié d’amitié avec Joseph Smith, jeune homme sans le sou, et lui a donné les 50 dollars qui lui ont permis de payer ses dettes à Palmyra et de s’installer dans le nord-est de la Pennsylvanie a plus de 200 kilomètres de distance. C’est là qu’en avril 1828, Joseph Smith a commencé à traduire pour la première fois de manière suivie le Livre de Mormon. Il dictait et Martin Harris écrivait jusqu’à ce qu’il y ait eu cent seize pages manuscrites.


    Fatigué par les demandes persistantes de Martin qui voulait montrer ce manuscrit à sa famille, Joseph l’a laissé l’emporter à Palmyra, où ces pages lui ont été volées, ont été perdues, et probablement brûlées. C’est pour cette raison que le Seigneur a réprimandé Martin et Joseph. Le don de la traduction a été repris à Joseph pour un moment et Martin a été traité de méchant homme qui avait méprisé les recommandations de Dieu et violé les promesses extrêmement sacrées qui avaient été faites devant lui (voir D&A 3:12-13; voir aussi D&A 10). Heureusement, le Seigneur a pardonné à Joseph et à Martin par la suite, et le travail de traduction a repris avec d’autres secrétaires. Il est évident que nous rendons honneur à Joseph pour son ministère remarquable, mais la fidélité dont Martin a fait preuve par la suite reste dans l’ombre alors que cet homme important devrait être réhabilité.


    Je vais évoquer certains des événements importants de la vie de Martin Harris qui ont suivi l’anecdote accablante du manuscrit volé et perdu.


    Environ neuf mois après la réprimande adressée à Martin, le prophète Joseph a reçu une révélation qui déclarait qu’il y aurait trois témoins des plaques et que, si Martin voulait se repentir, il aurait l’honneur de voir ces dernières (voir D&A 5:11, 15, 24). Quelques mois plus tard, Martin Harris a été choisi pour être l’un des trois témoins, et a eu l’expérience décrite plus haut et en a rendu rendu témoignage. 


    L’une des plus grandes contributions que Martin Harris ait faites à l’Eglise, pour laquelle il devrait être honoré à tout jamais, a été de financer la publication du Livre de Mormon. En août 1829, il a hypothéqué sa maison et sa ferme en faveur d’Egbert B. Grandin pour assurer le paiement du contrat d’impression. Sept mois plus tard, les 5000 exemplaires de la première impression du Livre de Mormon étaient prêts. Par la suite, à l’échéance de l’hypothèque, la maison et une partie de la ferme ont été vendues pour trois mille dollars. Martin Harris a ainsi été obéissant à la révélation du Seigneur:


    «Je te commande de ne pas convoiter tes propres biens, mais de les consacrer libéralement à l’impression du Livre de Mormon… 


    «Paie la dette que tu as contractée envers l’imprimeur. Libère-toi de la servitude» (D&A 19:26, 35).


    D’autres annales et révélations montrent la participation importante de Martin Harris aux activités de l’Eglise rétablie et sa position devant Dieu. Il était présent à l’organisation de l’Eglise, le 6 avril 1830, et a été baptisé ce jour-là. Une année plus tard, il a été appelé à se rendre dans le Missouri avec Joseph Smith, Sidney Rigdon et Edward Partridge (voir D&A 52:24). Cette année-là, dans le Missouri, il a reçu le commandement d’être «un exemple pour l’Eglise en déposant son argent devant l’évêque de l’Eglise» (D&A 58:35), devenant ainsi le premier homme que le Seigneur ait appelé par son nom pour consacrer ses biens à Sion. Deux mois plus tard, il a été nommé avec Joseph Smith, Sidney Rigdon et d’autres personnes «intendants des révélations et des commandements» (D&A 70:3; voir aussi le verset 1), qui correspond à l’instruction de publier et de diffuser ce qui est devenu par la suite les Doctrine et Alliances.


    En 1832, le frère aîné de Martin Harris, Emer, qui est mon arrière arrière-grand-père, a été appelé d’Ohio en mission (voir D&A 75:30). Emer à passé une année à prêcher l’Evangile près de son ancienne maison dans le nord-est de la Pennsylvanie. Pendant la majeure partie de ce temps, le compagnon de Emer a été son frère, Martin, dont le zèle de prédicateur lui a valu de passer quelques jours en prison. Les frères Harris ont baptisé une centaine de personnes. Parmi les baptisés se trouvait une famille du nom de Oaks, dont mon arrière arrière-grand-père. C’est ainsi que mon deuxième prénom et mon nom de famille viennent de mes ancêtres qui se sont rencontrés grâce à la mission dans le comté de Susquehanna dans les années 1832-33. 


    De retour à Kirtland, dans l’Ohio, après sa mission, en février 1834, Martin Harris a été choisi par révélation comme membre du premier grand conseil de l’Eglise (voir D&A 102:3). Moins de trois mois plus tard, il a quitté Kirtland avec les hommes du camp de Sion, a parcouru plus de 1400 kilomètres jusque dans le Missouri pour soulager les saints qui y étaient opprimés.


    L’un des événements les plus importants du Rétablissement a été l’appel d’un collège des douze apôtres en février 1835. Les trois témoins, dont Martin Harris, ont été désignés pour «découvrir les Douze» (D&A 18:37), pour les choisir et, sous l’autorité accordée par le prophète et ses conseillers, pour les ordonner [Ces ordinations ont ensuite été confirmées sous les mains de la Première Présidence] (voir B. H. Roberts, Comprehensive History, I:372-375).


    Les trois témoins sont tombés d’une position de grande influence et de grande autorité, chacun à sa manière. Pendant l’année 1837, il y a eu de graves conflits d’ordre financier et spirituel à Kirtland, dans l’Ohio. Martin Harris a dit par la suite qu’il avait perdu confiance en Joseph Smith et que son esprit s’était enténébré (cité dans Anderson, Investigating the Book of Mormon Witnesses, p. 110). Il a été relevé du grand conseil en septembre 1837 et trois mois plus tard, il a été excommunié. 


    Lucy, femme de Martin, qui avait été impliquée dans la perte des pages manuscrites, est morte à Palmyra en 1836. Dans l’année qui a suivi, Martin et sa famille se sont installés à Kirtland et Martin a épousé Caroline Young, nièce de Brigham Young.


    Lorsque la plupart des saints ont continué leur route vers le Missouri, vers Nauvoo et vers l’Ouest, Martin Harris est resté à Kirtland. Il y a été rebaptisé par un missionnaire de passage en 1842. En 1856, Caroline et leurs quatre enfants ont fait le long voyage jusqu’en Utah, mais Martin, alors âgé de soixante-treize ans, est resté dans sa propriété de Kirtland. En 1860, il a déclaré à une personne qui faisait le recensement qu’il était «prédicateur mormon», ce qui est la preuve de sa loyauté envers l’Evangile rétabli. Par la suite, il a dit à un visiteur: «Je n’ai jamais quitté l’Eglise; c’est l’Eglise qui m’a quitté» («‹Publish It Upon the Mountains›: The Story of Martin Harris», Improvement Era, juillet 1955, p. 505), voulant bien sûr dire que Brigham Young avait conduit l’Eglise dans l’Ouest et que Martin âgé était resté à Kirtland.


    Pendant une partie des années où il est resté à Kirtland, Martin Harris s’est lui-même désigné comme guide et conservateur du temple de Kirtland qu’il aimait et qui avait été abandonné. Des visiteurs ont fait rapport de son éloignement des dirigeants de l’Eglise en Utah, mais aussi de sa confirmation fervente de son témoignage public du Livre de Mormon.


    Enfin, en 1870, comme Martin souhaitait rejoindre sa famille en Utah, Brigham Young l’a invité chaleureusement, lui a offert le billet pour son voyage, et une escorte officielle par l’un des présidents des soixante-dix. Un journaliste d’Utah a eu plus tard une interview avec cet homme de 87 ans. Il l’a décrit comme «remarquablement vigoureux pour son âge… et ayant gardé une très bonne mémoire » (Deseret News, 31 août 1870). Il a été rebaptisé, ce qui était fréquent à cette époque, et s’est adressé deux fois à l’assemblée dans ce Tabernacle. Nous n’avons pas de compte-rendu officiel de ce qu’il a dit, mais nous pouvons être sûrs de son message principal puisque plus de 35 personnes ont fait le même rapport de ses paroles pendant cette période. L’une d’entre elles dit que Martin a déclaré: «Ce n’est pas seulement une croyance, mais c’est une connaissance. J’ai vu les plaques et les inscriptions qu’elles portaient. J’ai vu l’ange et il me les a montrées» (cité dans Investigating the Book of Mormon Witnesses, p. 116).


    Lorsqu’il a rendu à nouveau témoignage du Livre de Mormon à la fin de sa vie, Martin Harris a déclaré: «Je vous dis cela pour que vous puissiez répéter aux autres que ce que j’ai dit est vrai et je n’ose pas le nier; j’ai entendu la voix de Dieu qui me commandait d’en témoigner» (Idem, p. 118).


    Martin Harris est mort à Clarkston, en Utah, en 1875, à l’âge de 92 ans. On commémore sa vie par le spectacle intitulé «Martin Harris: l’homme qui savait», produit chaque été à Clarkston, en Utah. 


    Qu’apprenons-nous de cet exemple? (1) Les témoins sont importants et le témoignage des trois témoins du Livre de Mormon est impressionnant et digne de confiance. (2) Le bonheur et la progression spirituelle consistent à suivre les dirigeants de l’Eglise. (3) Il y a de l’espoir pour chacun d’entre nous, même si nous avons péché et si nous nous sommes éloignés d’un poste de choix.


    Le Seigneur nous lance chaleureusement et avec amour l’invitation suivante: «Revenez et faites-vous un festin à la table du Seigneur, et goûtez de nouveau aux fruits doux et satisfaisants de la compagnie des saints» («The First Presidency: An Invitation to Come Back», Church News, 22 décembre 1985, p. 3). Je témoigne que cela est la parole du Seigneur et l’œuvre du Seigneur. Au nom de Jésus-Christ. Amen. 9 


    Bibliographie


    1. Anderson, Richard Lloyd. Investigating the Book of Mormon Witnesses, 1981, chapitres 7 et 8.

    2. Homer, William H., fils, «‹Publish It Upon the Mountains›: The Story of Martin Harris», Improvement Era, mars-juillet 1955, pp. 144-46, 194-95, 238-39, 244, 310-11, 344-46, 387, 462-63, 505-7, 524-26.

    3. James, Rhett Stephens. The Man Who Knew: The Early Years, 1983, «Annotations sur la composition dramatique», pp. 95-169.

    4. Ludlow, Daniel H., ed. Encyclopedia of Mormonism, 5 volumes, 1992.
 «Book of Mormon Witnesses.»
 «Martin Harris.»
 «Witnesses, Law of.»

    5. Roberts, B. H. A Comprehensive History of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, 6 volumes, 1930, pp. 1:371-76.

    6. Tuckett, Madge Harris et Belle Harris Wilson, The Martin Harris Story, 1983.