N’ayez pas peur du voyage
    Notes de bas de page

    N’ayez pas peur du voyage

    Quelle que soit la difficulté de la piste . . ., nous pouvons trouver du réconfort en sachant que d’autres avant nous ont supporté les plus grandes tragédies et les plus grandes difficultés de la vie en se tournant vers le ciel.

    Ces derniers mois l’Eglise a plus particulièrement prêté attention aux événements extraordinaires qui ont eu lieu lors de l’installation de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ici dans la vallée du lac Salé et partout ailleurs dans le monde. C’est merveilleux de constater que des paroisses et des pieux se servent pendant toute l’année, des cérémonies du cent cinquantenaire de l’arrivée des pionniers, pour rendre hommage aux pionniers d’Utah de 1847 ainsi qu’aux efforts remarquables des pionniers de tous pays qui ont éclairé les chemins spirituels, guidés par la foi à chacun de leurs pas.

    Les charrettes à bras construites en Sibérie et qui traversent actuellement les missions de Russie et d’Ukraine sont un merveilleux exemple de cet effort mondial pour rendre hommage aux pionniers. Il est prévu que la dernière partie du trajet des charrettes à bras passe par Emigration Canyon pour arriver au parc d’Etat «C’est là» le 22 juillet.

    Cette année doit nous servir à nous souvenir de notre passé et à puiser dans l’exemple de foi et de courage de ceux qui ont fait face aux difficultés d’hier et les ont surmontées, la force de faire face aux difficultés d’aujourd’hui et de les surmonter. Pour rendre hommage à ces grands pionniers de tant de pays, nous allons évoquer des histoires qui nous émeuvront souvent jusqu’aux larmes et nous rempliront de reconnaissance. La musique, le théâtre et de touchantes reconstitutions vont nous rappeler l’incroyable voyage spirituel et temporel des pionniers. Il est difficile de comprendre le trajet parcouru par ceux qui ont posé les fondations de cette dispensation sans comprendre leur engagement spirituel. Par contre, une fois que nous aurons fait ce rapprochement, nous commencerons à voir le parallèle entre leur parcours et le nôtre. Il y a pour nous des leçons à apprendre de chacun de leurs pas: des leçons d’amour, de courage, d’engagement, de piété, d’endurance et, plus que tout, de foi.

    Les pionniers d’Utah de 1847 avaient des principes et leur foi y était enracinée. Ils ont quitté leurs maisons, leur temple et, dans certains cas, leurs familles pour trouver un refuge où ils pourraient adorer Dieu sans craindre les persécutions. Ils ne pouvaient emporter que peu de provisions et de biens matériels mais chaque chariot et chaque charrette à bras étaient lourdement chargés de foi, de foi en Dieu, de foi au rétablissement de son Eglise par l’intermédiaire de Joseph Smith, le prophète, et de la foi que Dieu connaissait leur destination et qu’il les aiderait à réussir.

    Un de ceux qui ont parcouru la piste mormone en 1847 l’a appelée: «la piste de l’espoir». J’aime ce titre: «la piste de l’espoir». Il exprime le désir universel de trouver un abri sûr, un rassemblement de saints aux cœurs unis et à l’espoir vaillant.

    Ces pionniers du 19ème siècle auxquels nous rendons un hommage particulier au cours de ce 150e anniversaire n’ont jamais cherché à être des héros et pourtant ils ont accomplit des choses héroïques. C’est ce qui fait d’eux des saints. C’était un groupe de croyants qui essayaient de faire de bonnes choses pour de bonnes raisons, des hommes et des femmes ordinaires qui étaient appelés à accomplir une œuvre extraordinaire. Ils étaient parfois découragés et se laissaient aller à se plaindre. Mais leur foi en Dieu et en l’homme qu’ils avaient soutenu comme prophète et comme dirigeant prenait toujours le dessus et ils redressaient leur attitude tout comme ils redressaient leurs chariots tombés. Et ainsi ils trouvaient de la joie parmi les difficultés du parcours.

    A peu près sept ans avant l’exode des pionniers vers les montagnes d’Utah, William Clayton a écrit aux saints d’Angleterre pour les encourager à venir en Sion, sans se rendre compte que Sion se déplacerait bientôt vers l’ouest à bord de chariots et de charrettes à bras. Il écrivait: «Bien que nous soyons . . . loin les uns des autres, je ne vous oublie pas. Mais, pour rendre gloire à Dieu, qu’il soit dit que tout ce que j’ai enduré ne m’a jamais découragé ou fait de mal mais au contraire m’a fait du bien . . .

    «Nous avons parfois étouffé de chaleur . . ., et parfois nous avons presque gelé. Nous avons dû dormir sur des planches plutôt que sur la plume . . .

    «Nos vêtements sont restés mouillés sans que nous puissions les faire sécher ou en changer . . . Nous avons dû dormir . . . dehors dans le froid et bien d’autres choses dont vous n’avez même pas idée . . . et pourtant nous sommes . . . heureux et en bonne santé . . . Si vous êtes fidèles, n’ayez pas peur du voyage. Le Seigneur prendra soin de ses Saints1

    Par la suite, William Clayton allait écrire les paroles de «Venez, venez, sans craindre le devoir» (Cantiques, n° 18) lors d’un voyage en Iowa. Comme bien d’autres il allait encore plus intimement apprendre pendant les 2000 kilomètres de l’exode vers l’Utah, qu’il ne faut pas craindre le voyage lorsque la foi est notre compagnon constant.

    Y-a-t-il aujourd’hui une leçon à tirer de l’expérience des pionniers? Je crois que oui. La foi qui a motivé les pionniers de 1847 et les pionniers d’autres pays était une foi simple en la doctrine de base de l’Evangile rétabli qu’ils savaient être vraie. C’est tout ce qui leur importait et je crois que c’est tout ce qui devrait nous importer. Nous devons avoir foi aux vérités fondamentales que Dieu vit, que nous sommes ses enfants et que Jésus-Christ est son Fils unique et notre Sauveur. Nous devons savoir qu’ils ont rétabli l’Eglise sur la terre dans son intégralité par l’intermédiaire de Joseph Smith, le prophète. Grâce au rétablissement de l’Evangile de Jésus-Christ, nous découvrons que le plan du Père pour le bonheur de ses enfants est clair et très simple lorsqu’il est étudié et accepté avec une foi réelle.

    Le voyage de Nauvoo jusqu’à la vallée du lac Salé en 1847 n’est pas très différent de celui d’un jeune missionnaire d’Idaho allant en Sibérie à la fin de l’année 1993, l’un des premiers saints des derniers jours à œuvrer dans ce pays. Presque tous les jours des missionnaires arrivent dans des pays dont ils connaissent à peine la langue, et où la nourriture, la culture et le style de vie sont bien différents de ceux auxquels ils sont habitués. Et pourtant ils partent hardiment, ces pionniers d’aujourd’hui, sans peur du voyage, marchant avec foi pour apporter aux gens de partout la bonne nouvelle du rétablissement de l’Evangile de Jésus-Christ.

    Notre foi peut nous aider à être aussi hardis qu’intrépides pendant notre parcours personnel, que nous soyons les parents d’un enfant en difficulté, un parent seul essayant d’élever ses enfants dans la droiture, un jeune se débattant pour trouver sa place dans ce monde mauvais et perturbant, ou un célibataire parcourant seul le chemin de la vie. Quelle que soit la difficulté de la piste et le poids dont nous sommes chargés, nous pouvons trouver du réconfort dans le fait de savoir que d’autres avant nous ont supporté les plus grandes tragédies et les plus grandes difficultés de la vie en se tournant vers le ciel pour recevoir la paix, le réconfort et l’espérance. Tout comme eux nous pouvons savoir que Dieu est notre Père Eternel, qu’il se soucie de nous individuellement et collectivement et qu’aussi longtemps que nous aurons foi et confiance en lui, nous n’aurons pas à craindre le voyage. Comme les pionniers de 1847 ont suivi une piste vers l’ouest qui les a gardés près de l’eau vitale des rivières, entre autres la Platte et la Sweetwater, nous devons suivre et prendre l’eau vive du Christ pour vivifier notre foi et soutenir nos efforts pendant ce voyage ici-bas.

    La vie n’est pas toujours facile. A un moment du voyage nous risquons d’éprouver les mêmes sentiments que les pionniers lorsqu’ils ont traversé l’Iowa, de la boue jusqu’au genoux et contraints d’enterrer certains rêves en chemin. Nous devons tous faire face à des corniches, au vent qui nous souffle dans la figure et à l’hiver précoce. Parfois il semble que la poussière qui nous pique les yeux et brouille notre vue ne doive jamais s’arrêter. Les rochers saillants du désespoir et du découragement ralentissent notre marche. Il y a toujours une porte du Diable pour s’ouvrir devant nous et nous appâter. Les sages et les fidèles passeront aussi loin que possible de telles tentations, tandis que les autres, qui sont parfois les plus près et les plus proches de nous, succomberont à l’attrait de la facilité, du confort et du reste. Il y a des moments de la vie où nous atteignons un sommet, comme les pionniers, pour ne découvrir que d’autres montagnes à l’horizon, plus hautes et plus difficiles que celle que nous venons de gravir. En puisant à des réservoirs de foi inconnus, nous pouvons, comme nos prédécesseurs, avancer pas à pas vers ce jour où notre voix pourra se joindre à celles de tous les pionniers qui ont enduré avec foi pour chanter: «Tout est bien, tout est bien!» (Cantiques, n° 18).

    Et qu’éprouverons-nous, étant d’égal à égal avec les grands pionniers de l’histoire de l’Eglise? Qu’éprouveront-ils pour nous? Verront-ils la foi qui a guidé nos pas? Je crois que oui, tout particulièrement en regardant notre vie avec cette perspective élargie de l’éternité. Bien qu’aujourd’hui notre voyage soit moins exigeant physiquement que celui des pionniers d’il y a 150 ans, il n’est pas moins difficile. Bien sûr c’était dur de traverser à pied un continent pour construire un foyer dans ce désert aride de l’Ouest. Mais qui peut dire si c’était plus dur que d’être fidèle et juste dans ce monde pécheur qui égare, où la piste bouge constamment et où les panneaux divin du bien et du mal sont remplacés par l’opportunisme politique et la perte de la moralité. la route que nous parcourons aujourd’hui est dangereuse et les Ecritures nous disent qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin. Mais notre récompense sera la même que celle qui sera donnée aux pionniers fidèles de toutes les époques qui ont suivi fidèlement les enseignements du Seigneur Jésus-Christ, qui ont fait de bons choix et qui ont tout donné pour aider à construire le royaume de Dieu sur la terre.

    Nous sommes les héritiers d’un immense patrimoine. Nous avons maintenant l’honneur et la responsabilité de l’épopée du Rétablissement qui se poursuit car il y a encore de merveilleuses histoires de foi à écrire de nos jours. Nous aurons besoin de toute notre force, notre sagesse, et notre énergie pour surmonter les obstacles. Mais tout cela ne suffira pas. Nous apprendrons, comme l’ont fait nos ancêtres, les pionniers, que seule la foi, la vrai foi, celle qui requiert toute notre âme et qui a été mise à l’épreuve, peut nous apporter la protection et la confiance tandis que nous traversons les embûches de la vie.

    Nous sommes tous liés les uns aux autres, pionniers du 19e, du 20e et des autres siècles, dans notre voyage sur les pas du Seigneur Jésus-Christ, pour laisser son sacrifice expiatoire opérer des miracles dans notre vie. Bien que nous puissions tous être admiratifs devant la foi de Joseph Smith et de ceux qui l’ont suivi pour aller de Palmyra à la prison de Carthage et par delà les grandes plaines, nous devons toujours être remplis du plus grand respect pour le chemin que seul le Maître a parcouru. Sa foi jusqu’à Gethémané et jusqu’au Golgotha nous a tous sauvés et nous a ouvert la voie pour retourner à notre foyer céleste.

    Souvenons-nous que le Sauveur est le chemin, la vérité et la vie, et aucune promesse n’est plus grande que celle de savoir que si nous sommes fidèles et justes nous serons un jour entourés de la sécurité des bras de son amour (voir D&A 6:20). Il est toujours là pour encourager, pour pardonner et pour sauver. Si bien que lorsque nous faisons preuve de foi et sommes diligents à garder les commandements, nous n’avons pas à craindre le voyage.

    J’étais à la crête d’une montagne s’appelant l’Eminence avec trois de mes petits-fils, l’été dernier. En regardant la rivière Sweetwater où le convoi Willie était resté coincé souffrant de froid et de faim, nous avons lu dans leurs journaux leur bonheur lors de leur sauvetage. John Chislett a écrit: « Au moment où le soleil se couchait majestueusement derrière les collines au loin . . . plusieurs chariots bâchés . . . sont apparus venant vers nous. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre à travers le camp . . . Des cris de joie ont déchiré l’air; des hommes aguerris ont pleuré laissant couler les larmes sur leur visage buriné . . . Ce soir, pour la première fois depuis longtemps, on a entendu les chants de Sion dans le camp . . . Ayant satisfait notre faim, et le le cœur rempli de reconnaissance envers Dieu et nos frères, nous nous sommes unis en prière puis retirés pour dormir2

    A cet instant, sur cette même montagne où les pionniers du convoi Willie avaient aperçu leurs sauveteurs, j’ai eu la perception de la joie qui remplira notre cœur lorsque nous connaîtrons totalement le sens éternel du plus grand sauvetage, le sauvetage de la famille de Dieu par le Seigneur Jésus-Christ. Car c’est par lui que nous avons la promesse de la vie éternelle. Notre foi au Seigneur Jésus-Christ est la source du pouvoir spirituel qui nous donnera, à vous et moi, la conviction que nous n’avons rien à craindre du voyage. Je sais que le Seigneur Jésus-Christ vit, et la foi inébranlable en lui nous guidera en sécurité pendant notre voyage dans la vie. J’en témoigne humblement au nom de Jésus-Christ, amen. 9

    1. Lettre de Commerce, 10 décembre 1840, William Clayton Collection, LDS Church Archives, ponctuation modernisée et italiques ajoutés.

    2. Cité dans LeRoy R. Hafen et Ann W. Hafen, Handcarts to Zion: The Story of a Unique Western migration, 1856-1860 (1976), pp. 106-107.