Les dons
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    Les dons

    Puissions-nous lui donner avec générosité, à lui qui nous a donné si abondamment.

    Le président McKay nous rappelait souvent la nécessité de marquer un temps d’arrêt dans le calendrier quotidien trépidant rempli de lettres demandant réponse, de coups de téléphone à donner, de gens à voir, de réunions à suivre, pour consacrer du temps à la méditation, à la réflexion sur les vérités éternelles et les sources de cette joie et de ce bonheur que chacun recherche.

    Lorsque nous faisons cela, les schémas profanes, mécaniques, répétitifs de notre vie cèdent aux qualités spirituelles, et nous accédons à cette dimension dont nous avons tant besoin, qui inspire notre vie quotidienne. Lorsque je suis cette recommandation, mon esprit est parcouru de pensées concernant ma famille, mes relations avec mes amis, les bons souvenirs que m’ont laissés des journées extraordinaires et des nuits de calme, et cela apporte un doux repos à mon être.

    La période de Noël, avec la signification particulière qui s’y rattache, ne manque pas de me soutirer une larme, me pousse à renouveler mon engagement vis-à-vis de Dieu et donne du repos à ma lassitude et de la paix à mon âme.

    Je réfléchis aux contrastes de Noël. Les cadeaux extravagants, aux emballages coûteux faits de manière professionnelle, trouvent leur point culminant dans les grands catalogues commerciaux sous des en-têtes tels que «pour celle qui a tout». Dans une de ces publicités, j’ai remarqué une maison de quatre cents mètres carrés enveloppée d’un ruban gigantesque et une carte de vœux dans les mêmes proportions, qui disait: «Joyeux Noël». On y trouvait également des cannes de golf serties de diamant pour le golfeur, une croisière dans les Caraïbes pour le voyageur et un voyage de luxe dans les Alpes suisses pour celui qui a le goût de l’aventure. C’était dans le même ordre d’idées que le thème d’un dessin animé de Noël qui montrait les trois mages se rendant à Bethléhem avec des boîtes de cadeaux sur leurs chameaux. L’un d’eux dit: «Retiens bien ce que je dis, Balthasar, avec ces cadeaux-là, on est en train de mettre en route quelque chose qu’on ne va plus pouvoir contrôler!»

    Et puis il y a le célèbre conte de Noël de O. Henry, qui met en scène un jeune couple vivant dans la plus grande pauvreté mais qui veut se donner un cadeau tout à fait spécial. Mais il n’y a rien à donner. C’est alors que le mari a un trait de génie: «Je vais donner à ma femme chérie un beau peigne décoratif pour orner ses splendides longs cheveux noirs.» La femme a aussi une idée: «Je vais me procurer une belle chaîne pour la montre de prix à laquelle mon mari tient tant.»

    Arrive le jour de Noël: on échange les précieux cadeaux. Vient alors la chute inattendue si caractéristique des nouvelles de O. Henry: la femme a coupé ses longs cheveux et les a vendus pour avoir l’argent nécessaire pour acheter la chaîne de montre, et tout cela pour s’apercevoir que son mari a vendu la montre pour acheter le peigne qui devait embellir ses merveilleux longs cheveux que maintenant elle n’a plus1.

    J’ai chez moi dans un coin caché une petite canne de marche noire avec une poignée en imitation argent. Elle appartenait autrefois à un parent lointain. Pourquoi l’ai-je gardée pendant plus de soixante ans maintenant? Il y a une raison bien particulière à cela. Voyez-vous, lorsque j’étais tout petit, j’ai pris part à un spectacle de Noël dans notre paroisse. J’ai eu l’honneur d’être un des trois mages. Le front serré dans un bandeau, la couverture du tabouret du piano de maman jetée sur mes épaules, la canne noire dans la main, j’ai récité mon texte: «Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer2.» Je ne me souviens plus de toutes les paroles de ce spectacle, mais je me souviens comme si c’était hier de ce que j’ai ressenti lorsque nous, les trois «mages», avons levé les yeux et vu une étoile, avons traversé la scène, vu Marie avec l’enfant Jésus, nous sommes prosternés, l’avons adoré, avons ouvert nos trésors et présenté nos dons: l’or, l’encens et la myrrhe.

    Ce qui me plaisait particulièrement c’est que nous n’étions pas retournés auprès du méchant Hérode trahir le bébé Jésus, mais que nous obéissions à Dieu et retournions par un autre chemin.

    Les années ont passé, les événements d’une vie bien remplie prennent la place qui leur revient dans le sanctuaire du souvenir, mais la canne de Noël continue à occuper une place spéciale dans ma maison, et, dans mon cœur, il y a un engagement vis-à-vis du Christ.

    Mettons un instant de côté les catalogues de Noël, avec leurs cadeaux aux descriptions exotiques. Détournons-nous même des fleurs pour maman, de la cravate spéciale pour papa, de la jolie poupée, du train qui siffle, du vélo tant attendu, même des livres et des vidéos sur «Star Trek», et tournons nos pensées vers ces dons qui viennent de Dieu et qui durent. J’en ai choisi quatre dans une longue liste:

    1. Le don de la naissance.

    2. Le don de la paix.

    3. Le don de l’amour.

    4. Le don de la vie éternelle.

    Premièrement, le don de la naissance. Il nous a été accordé à chacun. Nous avons eu la bénédiction divine de quitter notre foyer céleste pour nous retrouver dans un tabernacle de chair et prouver par notre vie que nous sommes dignes et qualifiés pour retourner un jour auprès de Dieu, de nos proches et d’un royaume appelé céleste. Ce sont nos pères et mères qui nous ont conféré ce merveilleux don. C’est nous qui avons la responsabilité de montrer notre reconnaissance par les actes de notre vie.

    Mon père, qui était imprimeur, m’a donné un exemplaire d’un texte qu’il avait imprimé. Il était intitulé: «Lettre d’un père» et finissait sur la pensée suivante: «Mon plus grand espoir de père, c’est d’avoir avec toi des relations telles que quand viendra le jour où tu contempleras le visage de ton premier enfant, tu ressentiras tout au fond de toi-même le désir d’être pour ton enfant le genre de père que le tien a essayé d’être pour toi. Quel compliment plus grand un homme pourrait-il demander? Avec toute ma tendresse, papa.»

    Notre reconnaissance envers maman pour le don de la naissance est égal ou supérieur à celle que nous devons à papa. Elle qui nous a contemplés lorsque nous étions «un beau petit bourgeon tout neuf d’humanité, fraîchement tombé de la maison de Dieu pour fleurir la terre»3 et a veillé à tous nos besoins, réconforté chacun de nos cris, s’est réjouie plus tard de tout ce que nous réalisions et a pleuré sur nos échecs et nos déceptions, occupe une place à part, une place d’honneur dans notre cœur.

    Un passage de 3 Jean expose la formule par laquelle nous pourrions exprimer à nos parents notre reconnaissance pour le don de la naissance: «Je n’ai pas de plus grande joie que d’entendre dire de mes enfants qu’ils marchent dans la vérité4.» C’est ainsi que nous devons marcher. C’est ainsi que nous devons honorer ceux qui nous ont accordé ce don précieux de la naissance.

    Deuxièmement, le don de la paix. Dans le monde braillard où nous vivons, le vacarme de la circulation, les publicités criardes des médias, les sollicitations auxquelles nous sommes soumis — sans parler des problèmes du monde — causent des maux de tête, infligent des souffrances et sapent notre capacité d’y faire face. Le poids de la maladie ou le chagrin pour un cher disparu nous amènent à nous agenouiller pour demander l’aide céleste. Nous pouvons nous poser la question avec ceux d’autrefois: «N’y a-t-il plus de baume en Galaad?5» Il y a une certaine tristesse, même du désespoir, dans le poème:

    Il n’y a pas de vie sans tristesse

    Il n’y pas de cœur sans chagrin;

    Qui cherche en ce monde l’allégresse,

    La recherche éternellement en vain6.

    Celui qui était homme de douleur et habitué à la souffrance parle à tous les cœurs endoloris et accorde le don de l a paix. «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble pas et ne s’alarme pas7.»

    Il envoie sa parole par les missionnaires qui exercent leur ministère aux quatre vents, proclamant son Evangile de la bonne nouvelle et le salut de la paix. Ses serviteurs répondent à des questions lancinantes telles que: «D’où viens-je?» «Quel est le but de mon existence?» «Où vais-je après la mort?» La frustration s’envole, le doute disparaît et la perplexité s’évanouit lorsque la vérité est enseignée à la fois avec hardiesse et dans un esprit d’humilité par ceux qui ont été appelés à servir le Prince de la paix, le Seigneur Jésus-Christ. Son don, il l’accorde à titre individuel: «Voici: je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui8.»

    Le passeport pour la paix est la pratique de la prière. Ce qui apporte la paix que nous cherchons c’est le fait d’exprimer humblement les sentiments du cœur plutôt que de se contenter de réciter des mots.

    Dans le Hamlet de Shakespeare, le méchant roi Claudius s’agenouille et essaie de prier, mais il se lève et dit: «Mes paroles vont en haut, mes pensées restent en terre. Jamais les paroles sans le cœur et la pensée ne parviennent au ciel9.»

    Un qui avait reçu et accueilli le don de la paix, c’était Joseph Millett, un des premiers missionnaires des provinces maritimes du Canada, qui apprit pendant qu’il était là, et dans les expériences qu’il eut plus tard dans la vie, la nécessité de se fier à l’aide du ciel. Une expérience qu’il rapporte dans son journal illustre admirablement sa foi, une foi simple mais profonde:

    «Un de mes enfants entre, dit que les parents de Newton Hall n’ont plus de pain. Qu’ils n’en ont pas eu ce jour-là. Je mets … notre farine dans un sac pour l’envoyer chez frère Hall. Juste à ce moment-là il arrive. Je lui dis: ‹Frère Hall, qu’est-ce que vous avez comme farine?› ‹Frère Millett, nous n’en avons pas.› ‹En voici dans ce sac. Je l’ai partagée et j’allais vous l’envoyer. Vos enfants ont dit aux miens que vous n’en aviez plus.› Frère Hall se met à pleurer. Il dit qu’il a essayé chez d’autres. Qu’il n’a pas pu en avoir. Qu’il est allé sous les cèdres prier le Seigneur et que le Seigneur lui a dit d’aller chez Joseph Millett. ‹Vous n’avez pas besoin de rapporter cela si c’est le Seigneur qui vous a envoyé le chercher. Vous ne me devez rien.› On ne saura jamais comme je suis heureux de savoir que le Seigneur sait qu’il y a quelqu’un appelé Joseph Millett10.»

    La prière avait apporté le don de la paix à Nelson Hall et à Joseph Millett.

    Troisièmement, le don de l’amour. «Maître, quel est le grand commandement de la loi?» demanda le docteur qui parlait à Jésus. Il lui fut promptement répondu: «Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée.

    «C’est le premier et le grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même11.»

    Une autre fois le Seigneur a enseigné: «Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime12.» Les Ecritures sont remplies de l’importance de l’amour et de la place qui lui revient dans notre vie. Le Livre de Mormon enseigne que la charité est l’amour pur du Christ13. Le Maître lui-même nous a donné un modèle idéal à suivre. Il a été dit de lui qu’il «allait … en faisant le bien … car Dieu était avec lui»14.

    Quelques vers de cette jolie comédie musicale qu’est La Mélodie du bonheur nous proposent un programme d’action que nous aurions tous intérêt à suivre:

    Une cloche n’est pas une cloche jusqu’à ce que vous la fassiez sonner,

    Une chanson n’est pas une chanson jusqu’à ce que vous la chantiez,

    L’amour mis dans votre cœur ne doit pas y rester;

    L’amour n’est pas l’amour jusqu’à ce que vous le donniez15.

    Il y a un secteur de notre société qui recherche désespérément une manifestation d’amour véritable, ce sont les personnes vieillissantes, surtout quand elles souffrent des affres de la solitude. Le vent glacial des espérances perdues et des rêves disparus siffle au milieu des rangs des personnes âgées et de ceux qui approchent du versant descendant de la vie.

    «Ce qu’il leur faut dans la solitude de leur vieillesse, c’est, du moins en partie, ce dont nous avions besoin dans les années incertaines de notre jeunesse: le sentiment d’appartenance, la certitude d’être désiré, les prévenances affectueuses de mains et de cœurs aimants; pas simplement les formalités du devoir, pas simplement une place dans un bâtiment, mais une place dans le cœur et la vie de quelqu’un …

    «Nous ne pouvons leur ramener les heures matinales de la jeunesse. Mais nous pouvons les aider à vivre dans la douceur d’un crépuscule embelli par nos attentions, par notre disponibilité et par notre amour actif et sincère16.» C’est ce qu’écrivait il y a quelques années Richard L. Evans.

    Il arrive que l’on prenne conscience de la condition des vieux par une de ces réflexions qui sont propres aux tout jeunes. Il y a un conte populaire pakistanais qui illustre cette vérité:

    Une toute vieille grand-mère vivait avec sa fille et son petit-fils. Comme elle devenait frêle et faible, au lieu d’aider au ménage, elle devenait une gêne permanente. Elle cassait les assiettes et les tasses, perdait les couteaux, renversait l’eau. Un jour, exaspérée parce que la vieille femme avait encore cassé une précieuse assiette, la fille envoya le petit-fils acheter une écuelle de bois à sa grand-mère. Le garçon hésita parce qu’il savait que ce serait une humiliation pour celle-ci. Mais sa mère insista, et il s’en alla. Il revint avec non pas une écuelle mais deux.

    – Je t’ai demandé d’en acheter une seulement, dit sa mère. Tu ne m’as pas entendue?

    – Si, dit le garçon. Mais j’ai acheté la deuxième pour qu’il y en ait une pour toi quand tu seras vieille.

    Nous avons souvent tendance à attendre toute notre vie pour exprimer notre amour pour la bonté ou l’aide apportée par quelqu’un d’autre même bien des années auparavant. C’est sans doute une situation de ce genre qui a amené George Herbert à dire: «Tu m’as tant donné, donne-moi encore une chose: un cœur reconnaissant17.»

    On raconte qu’un groupe d’hommes parlait de gens qui avaient influencé leur vie et envers qui ils étaient reconnaissants. Un des hommes pensait à un professeur qui lui avait fait connaître le poète anglais Tennyson. Il décida de lui écrire et de la remercier.

    Quelque temps plus tard, il reçut une lettre griffonnée d’une main tremblante:

    «Cher Willie,

    «Tu ne peux imaginer à quel point ton petit mot m’a fait plaisir. J’ai plus de quatre-vingts ans, je vis seule dans une petite pièce, je me fais moi-même à manger, je suis solitaire et comme la dernière feuille qui n’est pas encore tombée de l’arbre. Cela t’intéressera de savoir que j’ai enseigné pendant cinquante ans et que ta lettre est le premier mot de remerciement que j’aie jamais reçu. Elle m’est arrivée un matin morose et froid, et elle m’a remontée comme cela ne m’est plus arrivé depuis des années.»

    En lisant ce récit, j’ai pensé à cette belle phrase: «Le Seigneur a deux demeures: le ciel et un cœur reconnaissant.»

    On pourrait encore dire beaucoup de choses sur le don de l’amour. Mais il y a un petit poème bien connu qui résume assez bien ce don précieux:

    La nuit j’ai pleuré

    D’avoir été si borné

    Que je n’ai pas vu le besoin d’autrui;

    Mais je n’ai encore jamais

    Eprouvé le moindre regret

    D’avoir été un peu trop gentil18.

    Quatrièmement, le don de la vie, l’immortalité. Le plan de notre Père céleste contient l’expression la plus sublime de l’amour véritable. Tout ce qui nous est cher, nos familles, nos amis, notre joie, notre reconnaissance, nos témoignages disparaîtraient s’il n’y avait pas notre Père et son Fils, le Seigneur Jésus-Christ. La pensée, l’écrit le plus merveilleux de ce monde est l’énoncé de cette vérité divine: «Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle19.» Ce précieux Fils, notre Seigneur et Sauveur, a expié nos péchés et les péchés de tous. Au cours de cette nuit mémorable de Gethsémané, ses souffrances étaient si grandes, son angoisse si dévorante, qu’il supplia: «Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi! Toutefois, non pas comme je veux, mais comme tu veux20.» Plus tard, sur la croix cruelle, il est mort pour que nous vivions, et que nous vivions éternellement. Avant le matin de la résurrection, il y a eu la douleur, la souffrance, conformément au plan divin. Avant Pâques, il fallait qu’il y ait une croix. Le monde n’a jamais vu de plus grand don, n’a jamais connu d’amour plus durable.

    Néphi nous explique notre mission: «C’est pourquoi, il vous faut avancer avec fermeté dans le Christ, avec une parfaite espérance et avec l’amour de Dieu et de tous les hommes. Or, si vous vous empressez d’avancer, vous faisant un festin de la parole du Christ, et endurez jusqu’à la fin, voici, ainsi dit le Père: Vous aurez la vie éternelle.

    «Et maintenant, voici … c’est là la voie. Il n’est donné, sous le ciel, ni d’autre voie ni d’autre nom, par lequel l’homme peut être sauvé dans le royaume de Dieu21.»

    Je termine par les paroles d’un prophète vénéré, le président Harold B. Lee: «La vie est le don de Dieu à l’homme. Ce que nous faisons de notre vie est notre don à Dieu.»

    Puissions-nous lui donner avec générosité, à lui qui nous a donné si abondamment, en vivant et en aimant comme lui et son Fils l’ont enseigné si patiemment. C’est là ma prière fervente au nom de Jésus-Christ, amen. 9